À Kinshasa, chaque matin, des milliers de piétons jouent à la roulette russe pour traverser le boulevard du 30 Juin. Les conducteurs de motos slaloment entre les voitures, sans casque ni respect du code. Les cyclistes, eux, se faufilent dans un trafic infernal. Cette réalité chaotique, l’Assemblée nationale a décidé de s’y attaquer en examinant une proposition de loi portée par le député Tobie Kayumbi. Après 47 années d’immobilisme, le Code de la route de 1978 va enfin être modernisé.
Une mise à jour législative profonde pour répondre aux réalités urbaines
Le texte, actuellement en analyse au sein de la commission Aménagement du territoire, prévoit des changements majeurs : modification de 47 articles existants et ajout de 51 nouveaux articles. La proposition de loi intègre des concepts jusqu’ici absents du droit congolais, comme la régulation des deux-roues, des tricycles et des quadricycles. Une évolution nécessaire quand on sait que ces engins représentent désormais plus de 60 % du trafic dans les grandes villes du pays. « Il aura fallu attendre des décennies pour que le législateur prenne en compte notre réalité quotidienne », confie un chauffeur de taxi-moto rencontré à Matete. Combien de vies faudra-t-il encore sacrifier sur les routes congolaises avant que les règles ne s’adaptent ?
La sécurité routière au cœur de la réforme
La modernisation du code route ne se limite pas à une simple mise à jour administrative. Elle vise à renforcer la sécurité de tous les usagers : piétons, conducteurs, motocyclistes et cyclistes. Parmi les innovations, l’instauration de barrières de pluie pour protéger les piétons aux intersections, la réglementation du temps de conduite et de repos pour les transporteurs routiers, ainsi que des règles précises sur les manœuvres et changements de direction. « Chaque jour, je vois des accidents évitables simplement parce que les conducteurs ne respectent aucune règle de base. Cette loi, si elle est appliquée, changera nos habitudes », affirme Joséphine, une commerçante de la place Victoire. Mais la question demeure : les autorités auront-elles les moyens de faire respecter ces nouvelles dispositions ?
Des sanctions renforcées pour un effet dissuasif
La proposition de loi ne se contente pas de fixer des règles. Elle durcit considérablement les sanctions routières. Les amendes, désormais libellées en franc congolais, sont revues à la hausse pour dissuader les infractions. Le permis de conduire fait aussi l’objet d’une réforme : conditions d’obtention plus strictes, contrôle technique des véhicules encadré, et qualité du parc automobile améliorée. « Trop de gens conduisent sans permis, ou avec un permis acheté à la sauvette. Il est temps que l’État reprenne le contrôle », s’indigne un agent de la circulation à Gombe. Ces mesures pourraient réduire le nombre d’accidents, mais elles soulèvent aussi des craintes : comment les conducteurs les plus pauvres feront-ils face à ces nouvelles contraintes financières ?
Un enjeu sociétal et de gouvernance
Au-delà du simple cadre légal, cette proposition de loi interroge notre rapport collectif à la route. Dans un pays où le transport informel emploie des milliers de jeunes, toute réforme touche au cœur de l’économie populaire. Le député Tobie Kayumbi insiste sur la nécessité de trouver un équilibre entre sécurité et réalités socio-économiques. « Nous devons protéger les vies sans étrangler les moyens de subsistance », explique-t-il. Mais les débats parlementaires s’annoncent houleux. Entre les lobbies des transporteurs et les associations de victimes, le chemin vers une application effective sera semé d’embûches. La modernisation du code route est-elle vraiment la solution miracle ? Ou faudra-t-il, en parallèle, investir massivement dans l’éducation et les infrastructures ? Ce qui est certain, c’est que les Congolais attendent des actes concrets pour une sécurité routière enfin digne de ce nom. L’Assemblée nationale a ouvert la voie. Reste à savoir si la volonté politique suivra.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
