À Goma, Bukavu ou Bunia, des hommes et des femmes armés d’un micro, d’un carnet et d’une foi inébranlable affrontent chaque jour la peur. Alors que le monde célébrait la Journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai, Sabrina Nkusu, rédactrice en chef du journal FEMA, a livré un édito glaçant qui résonne comme un cri du cœur. « Mon hommage ne s’adresse pas aux discours officiels, mais à celles et ceux qui, dans la boue et sous les balles de l’Est de la RDC, refusent de se taire », écrit-elle. Un message qui met en lumière une réalité trop souvent occultée : celle des journalistes de l’Est qui exercent leur métier au péril de leur vie, sans filet de sécurité, sans protection, sans reconnaissance.
Combien de reporters ont été tués, kidnappés ou contraints à l’exil dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri ? Les chiffres officiels ne rendent pas compte de l’ampleur du drame. Car au-delà des statistiques, il y a des vies broyées, des familles déchirées, des consciences réduites au silence par la violence des groupes armés et parfois par l’indifférence des autorités. Sabrina Nkusu, dans son édito, refuse l’hypocrisie des commémorations. « Il est temps de sortir de l’hypocrisie des célébrations annuelles. La presse est le quatrième pouvoir, et non un subalterne du politique ou du sécuritaire. » Une interpellation directe à ceux qui détiennent le pouvoir de changer les choses.
Les journalistes de l’Est de la RDC ne sont pas des ennemis de la nation. Ils en sont les sentinelles. Dans des zones où l’accès à l’information est déjà un luxe, ils sont parfois la seule voix qui ose dire la vérité. « Brider un journaliste ou le laisser croupir dans l’insécurité, c’est amputer la démocratie de l’un de ses membres les plus vitaux », insiste la journaliste. Pourtant, chaque jour, ces professionnels travaillent sans contrat, sans assurance, avec pour seule protection une carte de presse qui ne pèse pas lourd face aux balles des rebelles ou aux menaces des milices.
« Je continue parce que ma communauté a besoin de savoir », confie un reporter de la région de Beni dont l’identité doit rester secrète. « On nous traite de tous les noms, on nous accuse de faire le jeu de l’ennemi. Mais qui racontera les souffrances des déplacés si nous nous taisons ? » Ce témoignage, qui pourrait être celui de centaines de confrères, illustre le lourd tribut payé par la presse locale. Sabrina Nkusu le rappelle avec force : « Le journalisme à l’Est est un sacerdoce. » Un sacerdoce qui exige un courage hors du commun, mais aussi un État qui assume ses responsabilités.
La question de la liberté de la presse RDC n’est pas un simple slogan. C’est une exigence constitutionnelle trop souvent bafouée. Les journalistes Est RDC vivent sous la menace permanente. Les assassinats du journaliste Edmond C. à Bunia ou la disparition de plusieurs reporters dans le Grands Lacs restent impunis. Comment espérer une paix durable quand la vérité est mise sous silence ? Sabrina Nkusu, dans son édito presse RDC, appelle les autorités à cesser de considérer les journalistes comme des suspects : « Le respect de notre métier n’est pas une faveur que nous sollicitons : c’est un droit constitutionnel que vous avez le devoir de garantir. » Un rappel nécessaire à quelques jours des échéances électorales et dans un climat de tensions croissantes.
La sécurité journalistes RDC doit devenir une priorité nationale. Pas seulement des mots dans les discours, mais des actions concrètes : protection juridique, déploiement de mécanismes d’alerte, enquêtes systématiques sur les agressions. Tant que les responsables des crimes contre les journalistes resteront impunis, le message envoyé est clair : la parole peut être bâillonnée sans conséquence. Or, comme l’écrit Sabrina Nkusu, « on peut contraindre un corps au déplacement, mais on n’emprisonne pas une conscience ».
Alors que l’Est de la RDC est en proie à des conflits qui n’en finissent pas, les journalistes restent debout. Leur résilience force le respect. Mais cette résistance ne peut pas être éternelle sans un soutien concret de l’État et de la communauté internationale. Chaque jour sans protection est une victoire pour ceux qui veulent faire taire la vérité. Comme le conclut Sabrina Nkusu : « Tant que nous écrirons, l’Est ne sera jamais réduit au silence. » Un message d’espoir mais aussi un avertissement. Car si le stylo refuse de plier devant le canon, ce n’est pas une raison pour laisser les journalistes seuls face à la mort.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Eventsrdc
