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Kinshasa : l’éclairage public en panne, la redevance SNEL contestée

« Chaque nuit, c’est la même angoisse. Nous sortons avec une lampe torche, priant pour ne pas croiser un malfrat. » Ce cri du cœur d’une commerçante du quartier Bandalungwa résume le calvaire quotidien de milliers de Kinois. Dans une capitale où l’insécurité gagne du terrain, l’absence d’éclairage public transforme les rues en pièges mortels. La Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC) a décidé de briser le silence.

Ce mercredi 6 mai, son coordonnateur Jonas Tshiombela a fustigé, lors d’un point de presse à MCP, la dégradation du climat sécuritaire. « De larges portions de Kinshasa sont plongées dans le noir. Cette obscurité profite aux bandits et met en danger les femmes, les petits commerçants, les enfants », a-t-il dénoncé. Comment justifier qu’une redevance d’éclairage public soit prélevée chaque mois sur les factures de la SNEL alors que les ampoules restent éteintes ?

Le mécanisme est pourtant opaque. La redevance est perçue par la Société Nationale d’Électricité, mais gérée par l’administration urbaine. « La population paie, mais ne voit aucun résultat », insiste la NSCC. Aucun rapport public, aucune traçabilité, des investissements qui se matérialisent rarement sur le terrain. Le sentiment d’abandon est immense. « Il est inacceptable de faire payer un service inexistant », tonne l’organisation, qui établit un lien direct entre déficit d’éclairage et explosion de l’insécurité à Kinshasa.

Dans les quartiers non éclairés — Kintambo, Limete, Ngiri-Ngiri — les actes de banditisme se multiplient. Les témoignages affluent. « Mon mari a été agressé à la machette devant notre porte, parce qu’il faisait noir comme dans un four », raconte une habitante de Masina. La nuit, les rues deviennent des no man’s land. Les petits commerçants, contraints de fermer tôt, voient leurs revenus chuter. Et les femmes, particulièrement exposées, vivent dans la peur constante du viol ou du vol. L’éclairage public n’est pas un luxe, c’est un impératif de sécurité.

Face à cette situation intenable, la société civile congolaise hausse le ton. La NSCC exige la suspension immédiate de la redevance dans les zones non desservies, un audit indépendant de la gestion des fonds et la publication régulière des données sur les recettes et les investissements. « Le silence des institutions alimente la défiance », prévient Jonas Tshiombela, qui interpelle les élus nationaux et provinciaux.

Mais au-delà des revendications, c’est toute une capitale qui attend des actes. Comment rétablir la confiance quand l’obscurité favorise la criminalité ? Comment expliquer à une mère de famille qu’elle doit payer pour une lumière qui ne vient jamais ? L’insécurité nocturne à Kinshasa n’est pas une fatalité. Elle est le résultat d’une défaillance des services publics, d’un manque de redevabilité et d’une gestion opaque. La NSCC mise sur une pression citoyenne accrue. « Une mobilisation constante pourrait contraindre les autorités à agir », espère-t-elle.

En attendant, les Kinois continuent de scruter le ciel chaque soir, espérant que les lampadaires s’allument enfin. Mais l’espoir s’amenuise. La redevance SNEL, symbole d’un service défaillant, cristallise la colère. Et la société civile ne compte pas lâcher prise. « Nous exigeons des actes, pas des promesses », conclut l’organisation. À Kinshasa, la nuit porte-t-elle encore conseil ? Pour l’instant, elle ne porte que l’insécurité.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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