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Kinshasa : La rivière Funa, égout à ciel ouvert, menace la santé de millions d’habitants

L’odeur nauséabonde envahit l’air, un mélange écœurant de pourriture et d’excréments. À Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo, une crise sanitaire silencieuse se déroule sous nos yeux. Des montagnes d’immondices et des matières fécales à ciel ouvert transforment des quartiers entiers en véritables bombes à retardement microbiologiques. Cette insalubrité galopante n’est plus seulement une question d’esthétique urbaine, mais une menace directe et quotidienne contre la santé publique. Comment en sommes-nous arrivés là, et surtout, qui paiera le prix de cette négligence collective ?

Prenons le cas emblématique de l’avenue Forgerons, dans la commune de Limete. Ici, la rivière Funa, un affluent qui devrait être un symbole de vie, a été réduite au statut d’égout à ciel ouvert. Son cours, qui serpente en direction de l’avenue de l’Aérodrome de Ndolo, est méconnaissable. Il charrie bien plus que de l’eau : un magma nauséabond de déchets ménagers, de plastiques et, le plus alarmant, des matières fécales humaines déversées sans aucun scrupule. Des riverains, exaspérés et résignés, témoignent d’une pratique devenue banale : utiliser le cours d’eau comme toilettes géantes, surtout lors des pluies, pensant à tort que les eaux de ruissellement « nettoieront » tout.

Mais la pollution de la rivière Funa ne vient pas seulement des habitants. Une ombre plus sinistre aggrave le tableau. Selon plusieurs sources locales, des camions de vidange appartenant à des entreprises peu scrupuleuses déverseraient clandestinement leur cargaison toxique directement dans la rivière. Ces déchets, issus du curage des fosses septiques et des caniveaux, viennent asphyxier un peu plus l’écosystème déjà moribond. Cette pratique illégale illustre un système de gestion des déchets en RDC totalement défaillant, où l’impunité et le profit rapide l’emportent sur le bien-être collectif.

« Il manque une véritable politique », soupire Tony Lugoma, un étudiant habitant les environs. Son constat est partagé par une majorité de Kinois. Les poubelles publiques sont rares, les collectes irrégulières, et les mentalités peinent à évoluer. La pluie, souvent salvatrice, devient ici un complice de l’insalubrité à Kinshasa, lessivant les détritus des cours et les déposant dans les artères principales, créant des paysages urbains apocalyptiques.

Face à ce désastre, les analyses convergent. Pour Kethia Mwange, résidente du quartier, le nœud du problème est culturel et éducatif. « La population n’a pas été suffisamment informée des inconvénients de garder un environnement sale », estime-t-elle, pointant un « facteur de faiblesse » dans l’adoption de comportements propres. Un déficit d’éducation civique qui crée un cercle vicieux infernal.

Les conséquences, elles, sont déjà palpables et terriblement concrètes. L’expert environnemental Bertin Mbuya tire la sonnette d’alarme avec une clarté glaçante. Il décrit une chaîne de contamination mortelle qui part de la rue pour finir dans nos assiettes. « Les matières fécales contiennent des bactéries dangereuses. Les enfants qui jouent dans la rue sont les premières victimes », explique-t-il. Pire, cette pollution suit un chemin insidieux : « Toutes ces eaux se déversent dans les ruisseaux, puis dans le fleuve. Les poissons que nous consommons ingèrent ces pathogènes… et nous contaminent à leur tour par la chaîne alimentaire. » Le lien entre un geste d’incivisme et une épidémie de choléra devient direct. Nous assistons à une mise en danger délibérée de la santé publique au Congo.

Le sociologue Claude Mukuth enfonce le clou en incriminant également l’absence de contrôle de la part des autorités. Un laisser-faire coupable qui renforce le sentiment d’impunité. Sans cadre, sans sanction, et sans services d’hygiène fonctionnels, la bataille pour la propreté est perdue d’avance.

Le résultat est un cocktail explosif pour la santé. Les eaux stagnantes deviennent des nurseries à moustiques, propageant le paludisme. Les matières fécales à ciel ouvert sont des foyers pour les bactéries responsables de diarrhées aiguës, de typhoïde et du choléra. Dans certains quartiers de Kinshasa, ces maladies font partie du quotidien, frappant en priorité les plus vulnérables : les enfants. Des vies sont raccourcies par une négligence qui n’a rien d’une fatalité.

Alors, que faire face à cette urgence écologique et sanitaire ? Les solutions existent et passent par une action concertée et ferme. Il est impératif de mettre en œuvre une gestion des déchets digne de ce nom, avec des infrastructures adaptées, des collectes régulières et des centres de traitement. Une surveillance accrue doit être exercée contre les entreprises pollueuses, avec des sanctions dissuasives. En parallèle, une vaste campagne de sensibilisation doit être lancée, expliquant sans relâche le lien tangible entre propreté, santé et survie. L’éducation, à l’école et dans les médias, est la clé pour changer les mentalités sur le long terme.

La rivière Funa étouffe, et avec elle, c’est une partie de Kinshasa qui suffoque. Cette crise de l’insalubrité est le miroir de nos échecs collectifs en matière de gouvernance urbaine et de responsabilité citoyenne. Elle ne pourra être résolue que par une prise de conscience généralisée et une volonté politique inébranlable. Le temps n’est plus aux constats amers, mais à l’action. Car chaque jour perdu aggrave un peu plus le péril sanitaire qui guette des millions de Kinois. L’avenir de la ville passe par la reconquête de sa propreté, et donc, de sa santé.

Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd

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Miché Mikito
Miché Mikito
Né au bord du majestueux fleuve Congo, à Kisangani, Miché Mikito vous propose une couverture sportive dynamique et un éclairage unique sur les enjeux environnementaux. Passionné de sport, il suit de près les compétitions locales et internationales tout en restant très attentif à la préservation des richesses naturelles du Congo. Miché est votre guide pour tout ce qui concerne le sport et l’environnement.
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