La criminalité faunique, longtemps cantonnée aux préoccupations de conservation des espèces, s’impose désormais comme un facteur aggravant du changement climatique. Dans le bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical de la planète, la disparition progressive de grands mammifères menace directement la capacité des forêts à stocker le carbone. Un constat documenté qui appelle à une réponse judiciaire renforcée.
Un lien établi entre faune et régulation climatique
Les écosystèmes forestiers du bassin du Congo reposent sur un équilibre fragile où chaque espèce joue un rôle précis. Les grands mammifères, tels que les éléphants ou les bonobos, participent activement à la dispersion des graines, favorisant ainsi la régénération naturelle des forêts. Leur raréfaction, sous l’effet du braconnage, entraîne une cascade d’effets : appauvrissement de la diversité végétale, ralentissement de la croissance forestière et diminution de l’absorption du dioxyde de carbone. « Lorsque la faune disparaît, la forêt perd sa capacité à se régénérer. Et lorsqu’elle s’affaiblit, c’est tout l’équilibre climatique qui est menacé », explique Antoine Tabu, coordonnateur pays de l’organisation African Wildlife Foundation (AWF).
Lomako-Yokokala, un laboratoire de la résilience
Dans la réserve de Faune de Lomako-Yokokala, à l’ouest de la République démocratique du Congo, les derniers inventaires offrent un éclairage contrasté. Plus de 8 000 bonobos, espèce endémique et emblématique, y ont été recensés, aux côtés de 34 espèces de grands et moyens mammifères. Ces chiffres témoignent d’une résilience certaine des écosystèmes, malgré des pressions humaines persistantes. Mais ils soulignent aussi la nécessité de maintenir des efforts de conservation sur le long terme, sous peine de voir ces acquis s’éroder.
La preuve, maillon faible de la chaîne pénale
Face à ces enjeux, le renforcement des mécanismes de justice environnementale devient une priorité. Dans les aires protégées de Lomako-Yokokala et de la réserve communautaire des bonobos d’Iyondji, des actions ciblées visent à améliorer les capacités des écogardes. L’objectif : mieux documenter les infractions, sécuriser les preuves et faciliter les poursuites judiciaires. Une approche jugée déterminante par les spécialistes. « Sans preuves, il n’y a pas de poursuites. Et sans poursuites, il n’y a pas de dissuasion », souligne Joe Kassongo, juriste spécialisé dans les questions environnementales.
Un enjeu de gouvernance aux implications globales
La protection de la faune en RDC dépasse les frontières nationales. Avec ses vastes étendues forestières, le pays constitue l’un des principaux réservoirs de carbone au monde. La préservation de ces écosystèmes est donc considérée comme essentielle à l’équilibre climatique global. À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, le constat est partagé : la lutte contre la criminalité faunique doit être intégrée aux stratégies climatiques. Pour les acteurs du secteur, la réponse devra être collective, impliquant institutions publiques, partenaires internationaux, organisations de terrain et communautés locales. Dans un contexte d’urgence climatique, la capacité à protéger les écosystèmes du bassin du Congo apparaît comme un enjeu stratégique, tant pour la RDC que pour l’ensemble de la planète.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
