Une crise sanitaire silencieuse frappe actuellement le territoire de Lubero, plus précisément dans sa partie sud. La zone de santé de Kayna, qui englobe plusieurs localités dont Kanyabayonga, fonctionne actuellement au ralenti, privant des milliers de citoyens d’un accès aux soins de base. Comment une situation aussi critique a-t-elle pu s’installer, et quelles sont les conséquences réelles pour les populations ?
Le centre de santé de Vuvogho, situé à Kanyabayonga, est devenu le triste symbole de cette dégradation. Cette structure, théoriquement un premier recours pour les malades, peine aujourd’hui à remplir sa mission fondamentale. L’infirmier titulaire, Paluku Mupanda, dresse un constat alarmant : le fonctionnement du centre repose presque exclusivement sur les maigres contributions des patients eux-mêmes. Un modèle économique précaire, qui illustre un financement santé RDC défaillant, notamment dans les zones rurales.
« Les contributions des malades ne suffisent même pas à acheter du carburant pour la moto-ambulance ou à payer les factures d’électricité, sans parler des salaires du personnel et des médicaments », explique-t-il. Cette absence de revenus stables est directement liée au retrait ou à l’absence de partenaires techniques et financiers dans le secteur. L’État central, souvent absent, et les bailleurs de fonds, dont les priorités peuvent changer, laissent ainsi des formations sanitaires entières en plan.
Les conséquences de cette crise sanitaire Kayna sont immédiates et dramatiques. Le centre de santé Vuvogho est régulièrement confronté à des rupture médicaments Nord-Kivu, un problème récurrent qui touche particulièrement les traitements contre le paludisme. Imaginez un dispensaire incapable de fournir des combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (CTA) à une population où la fièvre paludéenne est la première cause de consultation. C’est pourtant la réalité quotidienne. Les patients, souvent déjà vulnérables en raison de la pauvreté, se retrouvent contraints d’acheter des médicaments à des prix exorbitants en ville, quand ils en ont les moyens, ou de se tourner vers des remèdes traditionnels parfois inefficaces.
Cette situation crée un cercle vicieux : moins de soins de qualité entraînent une méfiance de la population, qui se détourne des structures officielles, réduisant encore leurs faibles recettes et aggravant la rupture médicaments Nord-Kivu. La prise en charge des urgences, des femmes enceintes et des enfants de moins de cinq ans – des groupes pourtant prioritaires – en est gravement compromise. L’accès aux soins Lubero n’est plus un droit, mais un privilège réservé à ceux qui peuvent payer le transport jusqu’à un hôpital plus éloigné et mieux équipé.
Le cas de Vuvogho n’est malheureusement pas isolé. Il reflète les défis structurels auxquels sont confrontées des dizaines de formations sanitaires dans les zones rurales du Nord-Kivu. Ces centres sont les maillons faibles d’un système de santé déjà fragile, souvent dépendants d’appuis extérieurs qui peuvent s’évaporer du jour au lendemain. La pérennité des soins de santé primaires, pourtant essentiels pour prévenir les épidémies et réduire la mortalité, n’est jamais assurée.
Face à cette urgence, l’appel lancé par le responsable du centre de Vuvogho résonne comme un cri d’alarme. Il en appelle aux organisations humanitaires et aux partenaires techniques du financement santé RDC pour un renforcement urgent de leur appui. L’objectif est clair : sécuriser l’approvisionnement en intrants essentiels, soutenir le personnel soignant et, in fine, garantir une prise en charge digne et efficace. Investir dans ces centres de santé, c’est investir dans la stabilité sociale et la résilience des communautés face aux maladies.
Que peut faire le citoyen lambda face à une telle situation ? La sensibilisation reste un premier pas. Comprendre que la santé d’une communauté du territoire de Lubero impacte la santé publique de toute la province est crucial. Soutenir, par le plaidoyer, les initiatives qui visent à renforcer les systèmes de santé locaux et à promouvoir un financement santé RDC plus équitable et pérenne est une autre piste. Car, en matière de santé publique, la négligence d’une zone reculée peut finir par avoir des répercussions bien plus larges. La solution à cette crise sanitaire Kayna passe par une mobilisation collective et une volonté politique affirmée de ne laisser personne de côté.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
