La commune de N’sele, dans la périphérie est de Kinshasa, a été le théâtre de violences meurtrières dans la journée de mercredi. Des affrontements entre des groupes de jeunes, communément appelés kuluna, et des familles délocalisées du quartier Pakadjuma ont dégénéré, provoquant une fuite panique vers l’hôpital général de référence de Kinkole. Le bilan, encore provisoire, fait état d’au moins deux personnes décédées et de nombreux blessés, certains par balle.
Selon des sources locales et médicales concordantes, le drame a commencé par des tensions sur le site de relocalisation des Pakadjuma délocalisés, installés dans la concession de l’INPP à Kinkole. À la suite d’un premier accrochage, des menaces proférées par des kulunas auraient poussé une foule de plusieurs dizaines de personnes, hommes et femmes, à se réfugier dans l’enceinte de l’hôpital Kinkole. Armés de machettes, de coupe-coupe, de pelles et de bêches, ils ont envahi l’établissement de santé, semant la panique.
« Ils étaient nombreux en train de sillonner la cour de l’hôpital, forçant des bureaux qui étaient fermés. Ils ont même forcé des salles de chirurgie », a témoigné le docteur Samy Tessi, médecin et chef de staff de l’hôpital. Le personnel soignant, terrifié, s’est barricadé à l’intérieur des bâtiments tandis que les intrus tentaient de fracturer les portes. La situation, déjà extrêmement confuse, a brutalement basculé avec l’intervention des forces de l’ordre.
Des détonations ont retenti à proximité du site des délocalisés, puis dans l’environnement immédiat de l’hôpital. Les forces de sécurité, appelées en renfort, sont intervenues en tirant des coups de feu pour tenter de reprendre le contrôle des lieux. C’est à ce moment que des blessés par balle, « en grand nombre » selon le Dr Tessi, ont commencé à affluer vers les services de l’hôpital, déjà en situation de siège. Le médecin a indiqué avoir été lui-même menacé par la foule qui accompagnait les victimes.
Le bilan humain de ces violences Kinshasa reste à préciser. Si un premier compte fait état d’au moins deux morts, un autre témoin médical, le docteur Alain Mukawa, a évoqué quatre décès. Deux personnes auraient succombé sur le site de l’hôpital de Kinkole, et deux autres seraient décédées lors de leur transfert vers l’hôpital militaire du camp Kololo. Les autorités n’ont pas encore officialisé ces chiffres, et une enquête est probablement en cours pour déterminer les circonstances exactes des décès et l’origine des tirs.
Cet épisode tragique s’inscrit dans un contexte social très tendu, hérité d’une opération de démolition controversée. En février dernier, les habitations précaires de Pakadjuma, dans la commune de Limete, avaient été détruites par les autorités. Les habitants, relogés de force à Kinkole, à plusieurs kilomètres du centre-ville, avaient manifesté une vive résistance. Des affrontements avec la police et l’armée avaient déjà causé la mort d’au moins trois personnes à l’époque. La délocalisation, souvent synonyme de perte d’emploi informel et de rupture des réseaux sociaux, crée des foyers de tension dans les zones d’accueil, où les conflits avec les communautés établies, parfois instrumentalisés par des bandes, sont fréquents.
Les affrontements Kinkole posent de graves questions sur la gestion post-délocalisation et la sécurité dans les périphéries de la capitale congolaise. L’invasion d’un hôpital, sanctuaire normalement protégé, marque un niveau de violence et de désespoir préoccupant. Comment assurer la protection des populations déplacées dans des zones souvent sous-équipées et insécures ? Quelles solutions durables pour éviter que la cohabitation ne tourne au conflit ouvert ? La réponse des autorités à ces interrogations sera cruciale pour prévenir de nouveaux drames.
La commune de N’sele et le site de Kinkole restaient sous forte tension en fin de journée mercredi. La présence des forces de sécurité y était visiblement renforcée. L’hôpital général de référence de Kinkole, lui, tentait de retrouver son fonctionnement normal après le traumatisme de cette intrusion violente, tout en soignant les victimes des affrontements. Cet événement rappelle avec brutalité la réalité des tensions urbaines et la vulnérabilité des populations les plus précaires dans la capitale de la RDC.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
