Une nouvelle boucherie a endeuillé la commune de Ruwenzori, dans la périphérie de Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu. Aux premières lueurs du dimanche 31 mai, sept civils appartenant à la communauté autochtone des pygmées Twa ont été découverts sans vie, victimes d’une attaque nocturne imputée aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF). Ce drame s’inscrit dans une escalade de violence qui, depuis plusieurs semaines, transforme la région en cimetière à ciel ouvert.
Le modus operandi des assaillants est d’une froideur clinique. Selon les témoignages recueillis auprès des survivants, les combattants ont surgi sans bruit dans l’obscurité du quartier Ngadi. Aux civils qui tentaient de s’enfuir, ils auraient lancé : « Ne fuyez pas ». Puis, sans autre forme de procès, les exécutions ont commencé. Mambiya Mubere, un rescapé encore sous le choc, raconte : « J’ai failli mourir. Ils nous ont réveillés et les coups de balles ont retenti. Shukrani Mangese, mon ami, est retourné chercher ses parents ; il a été tué avec eux. » Un récit qui expose la vulnérabilité extrême des pygmées Twa, pris pour cibles dans un conflit qui les dépasse. Pourquoi ces populations, étrangères aux jeux politiques, sont-elles systématiquement broyées par la machine de guerre des ADF ?
Le calvaire ne s’est pas arrêté aux exécutions. Les corps des victimes sont restés pendant des heures abandonnés sur le sol, faute d’intervention rapide des autorités. C’est alors qu’une colère sourde a enflé parmi les habitants. Munis de brancards de fortune, des civils ont chargé les dépouilles et ont entamé une marche forcée vers le centre-ville de Beni. Leur dessein était clair : déposer ces sept morts Beni Nord-Kivu devant les édifices publics, symbole d’une protestation contre l’inaction sécuritaire. Les klaxons et les cris de détresse ont rythmé ce cortège improvisé, transformant l’affliction en acte de défiance.
Rapidement, les forces de l’ordre ont cherché à étouffer cette manifestation corps Beni. Un barrage policier a été dressé à la hâte près du marché de Boikene, bloquant la route qui mène à Mavivi. Les agents, alignés en formation de combat, ont tiré des coups de semonce pour disperser la foule. La panique s’est installée. Dans la confusion, une partie des corps a été interceptée et conduite à la morgue. Mais cette intervention musclée a-t-elle seulement réussi à apaiser les esprits ? Rien n’est moins sûr, tant le ressentiment reste vif dans une population qui se sent livrée à elle-même.
Ce septuple assassinat vient allonger une liste macabre. Depuis avril, les attaques ADF Beni se sont intensifiées, frappant simultanément plusieurs localités. Les territoires de Beni, Irumu et Mambasa ont payé un lourd tribut : plus de 200 civils ont été massacrés en l’espace de deux mois. Les pygmées Twa assassinés dimanche ne sont que les derniers noms ajoutés à ce décompte funèbre. Pourtant, malgré les opérations militaires conjointes, la rébellion continue de frapper avec une régularité effrayante. La sécurité Beni RDC demeure un vœu pieux, un mirage qui s’éloigne à chaque nouvelle tuerie.
Les défis sont immenses. Les populations autochtones, déjà marginalisées, sont les plus exposées. Vivant souvent dans des campements isolés, elles constituent des proies faciles pour des groupes armés qui savent exploiter les failles. « Nous ne connaissons rien de la politique, mais on nous tue », se lamente Mambiya Mubere. Une phrase qui résonne comme un cri d’impuissance. La manifestation de dimanche, avec ses corps brandis comme des étendards de détresse, est le symptôme d’un désespoir qui dépasse les encadrements politiques. Les forces de l’ordre ont certes contenu le déferlement, mais le mal est plus profond.
La communauté internationale, souvent silencieuse face aux drames du Kivu, observera-t-elle cette fois ? Les autorités congolaises, confrontées à une insurrection tenace, pourront-elles inverser la tendance ? En attendant, les morgues de Beni se remplissent, et les familles pleurent leurs disparus. L’attaque de Ngadi rappelle, avec une cruelle acuité, que la paix reste une denrée rare dans cette région meurtrie. Les sept pygmées Twa tombés dimanche ne sont pas seulement des statistiques ; ils incarnent l’échec d’un système de protection. Tant que la sécurité ne sera pas rétablie, chaque nuit portera le risque d’un nouveau massacre.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
