Des tirs de sommation et des gaz lacrymogènes ont éclaté vendredi 13 juin aux abords du Palais du Peuple à Kinshasa, alors que des militants de l’opposition tentaient de tenir un sit-in pourtant interdit la veille par les autorités provinciales. La manifestation visait à dénoncer une proposition de loi sur l’organisation du référendum, perçue comme une manœuvre pour réviser la Constitution et permettre un troisième mandat au chef de l’État. Au-delà de l’affrontement, cet épisode ravive une question lancinante : jusqu’où peut aller la contestation quand le dialogue institutionnel semble verrouillé ?
Un sit-in interdit, une matinée sous tension
La matinée avait pourtant débuté dans un calme relatif, malgré un important dispositif sécuritaire déployé autour du siège du Parlement. Des dizaines de policiers étaient positionnés sur les principaux axes menant au Palais du Peuple, empêchant tout rassemblement. Mais en début d’après-midi, la situation a basculé lorsque des militants réunis au siège de l’ECiDé, le parti de Martin Fayulu, ont tenté de marcher vers le Parlement. La police est alors intervenue avec des gaz lacrymogènes et des tirs de sommation, provoquant des scènes de panique et une forte perturbation de la circulation.
Un bilan humain contesté
Après plus d’une heure de face-à-face, les manifestants ont été repoussés à plusieurs centaines de mètres du Palais du Peuple. Les organisateurs du sit-in font état d’un bilan provisoire lourd : deux militants de l’ECiDé auraient été tués, et plusieurs blessés graves seraient à déplorer, parmi lesquels les opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Ados Ndombasi. Ces allégations n’ont pour l’heure pas été confirmées par les autorités, et le gouvernement n’a pas encore réagi officiellement. Ce silence institutionnel laisse les familles et les citoyens dans l’incertitude, et soulève des interrogations sur la transparence des opérations de maintien de l’ordre.
Le spectre du troisième mandat
La mobilisation de l’opposition s’inscrit dans un climat politique marqué par la crainte d’une révision constitutionnelle. La proposition de loi sur le référendum est perçue comme un outil potentiel pour contourner les verrous limitant le nombre de mandats présidentiels. Pour les manifestants, descendre dans la rue était un acte de défense de l’ordre constitutionnel. Mais l’interdiction du sit-in et la réponse policière interrogent sur l’espace laissé à la contestation pacifique dans le pays. Que reste-t-il aux citoyens lorsque les voies légales de protestation semblent se refermer ?
Une population prise en étau
Au-delà des joutes politiques, ce sont les habitants de Kinshasa qui subissent les conséquences directes de ces tensions. La circulation paralysée, les scènes de panique et l’incertitude sécuritaire pèsent sur le quotidien. L’absence de réaction officielle rapide alimente les rumeurs et renforce un sentiment d’insécurité. Dans ce contexte, la responsabilité des autorités est double : garantir l’ordre public sans entraver les libertés fondamentales, et informer clairement la population sur les événements en cours. Faute de quoi, la défiance risque de s’installer durablement entre les citoyens et les institutions.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
