Les habitants du village de Dz’na, dans le territoire de Djugu en Ituri, ont vu leur quotidien brutalement interrompu ce mercredi matin 15 avril 2026. Une attaque soudaine attribuée à la milice CRP a plongé la localité dans la terreur, paralysant toutes les activités socio-économiques. Les tirs d’armes lourdes et légères, partis de la forêt voisine de Dz’na-Kpadyu vers 7h30, ont contraint la population à se terrer, brisant net une période de calme relatif qui avait pu s’installer.
Le scénario est devenu hélas familier dans cette région en proie à un conflit Ituri persistant. Selon des sources locales concordantes, les auteurs de cette incursion sont des éléments de la milice CRP qui, après avoir été délogés de la localité de Mabanga dans la chefferie des Mambisa, se sont repliés dans cette zone forestière dense. C’est depuis ce refuge naturel qu’ils ont ouvert le feu, visant délibérément des civils occupés à leurs travaux agricoles dans les champs alentours. Comment une telle insécurité peut-elle encore régner après des années de crises ?
L’impact est immédiat et total. L’agriculture, pilier de l’économie locale, est à l’arrêt. Les marchés sont déserts, les boutiques closes. Les écoles ont renvoyé les enfants chez eux par mesure de sécurité. Le commerce est paralysé. En quelques minutes, l’attaque Dz’na a replongé toute une communauté dans la précarité et la peur. Si aucun bilan humain – morts ou blessés – n’a été officiellement rapporté dans les premières heures, le traumatisme psychologique, lui, est bien réel. La présence persistante d’hommes armés aux abords du village maintient un climat de panique et d’incertitude absolue.
Face à cette menace directe, la colère et l’attente des populations se cristallisent en une exigence claire : le départ immédiat des éléments de la milice CRP. Les appels à l’aide sont unanimes et pressants, tous tournés vers les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Les habitants supplient une intervention militaire rapide et décisive pour les protéger et sécuriser leur village. Leur demande est simple : pouvoir retrouver leurs champs, leurs écoles et leurs commerces sans craindre pour leur vie. Jusqu’où cette insécurité Djugu doit-elle s’étendre avant qu’une réponse à la hauteur ne soit apportée ?
La société civile locale, voix des sans-voix dans ce conflit Ituri complexe, relaie et amplifie cette demande. Elle exige une intensification des opérations militaires pour traquer et neutraliser ces groupes armés en débandade. Pour les observateurs et les résidents, la leçon est amère : les opérations de ratissage passées n’ont pas suffi à éradiquer la capacité de nuisance de ces milices. La fragilité de la situation sécuritaire est criante. Seule une présence accrue et durable des forces de l’ordre, capable de rétablir l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire, pourrait briser ce cycle infernal de violence et permettre un retour à une vie normale.
Cet événement à Dz’na n’est pas un incident isolé. Il s’inscrit dans une série de secousses qui rappellent la volatilité extrême de vastes zones de l’Ituri. La capacité des groupes armés à se réorganiser, à se déplacer et à frapper rapidement, même après des revers, pose une question fondamentale sur la stratégie de pacification. L’appel pour une FARDC intervention robuste et coordonnée est donc aussi un appel à une réflexion plus profonde sur les moyens de garantir une sécurité pérenne. La communauté internationale, souvent témoin de ces crises, ne peut rester sourde à ces détresses répétées. Le temps n’est-il pas venu de soutenir des solutions structurelles plutôt que de simplement gérer l’urgence ?
En attendant, à Dz’na, la vie est suspendue. Les champs sont abandonnés, les rues sont vides. Une lourde attente pèse sur le village, entre l’espoir de voir arriver les secours et la crainte de nouvelles attaques. Le conflit Ituri, à travers ce nouvel épisode, continue de dicter sa loi, faisant des civils les premières victimes d’une instabilité dont ils ne sont pas les acteurs. La balle est désormais dans le camp des autorités militaires et politiques. Leur réponse à cette nouvelle provocation de la milice CRP sera scrutée par toute une population épuisée par des années d’insécurité Djugu.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
