L’image d’une mère tenant son enfant, les yeux perdus au milieu d’un camp de fortune dans l’est du Congo, est devenue le visage douloureux d’une crise qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans l’horreur. Cette réalité, le Directeur régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Gilles Fagninou, l’a vue de ses propres yeux lors d’une visite de cinq jours en République démocratique du Congo. Son constat, livré ce mercredi 25 mars, est un cri d’alarme glaçant : la crise protection enfance RDC atteint des niveaux critiques, tandis que les travailleurs humanitaires menacés voient leur capacité d’action s’effondrer.
« Les attaques contre les travailleurs humanitaires ne visent pas seulement le personnel d’aide, elles visent les enfants et les familles qui dépendent d’une aide vitale », a-t-il martelé, la voix empreinte d’une gravité rare. Chaque convoi bloqué, chaque centre de santé ciblé, chaque humanitaire contraint de fuir signifie que la nourriture, l’eau potable et les médicaments n’atteignent pas ceux qui en ont désespérément besoin. En 2025, plus de 626 incidents ont visé le personnel humanitaire à travers le pays. Comment, dans ces conditions, apaiser les souffrances de millions de personnes ?
Derrière ces chiffres abstraits se cache une tragédie humaine d’une ampleur vertigineuse. Plus de 7 millions de personnes, chassées de chez elles par les violences, errent aujourd’hui dans l’est de la RDC. Parmi elles, 2,5 millions d’enfants, arrachés à leur école, à leurs amis, à toute notion de stabilité. L’année 2024 a été marquée par près de 4 000 violations graves des droits de l’enfant documentées, un chiffre qui donne le tournis. Pire encore, les enfants représentent plus de 40 % des victimes de violences sexuelles, une arme de guerre brutale qui ravage les communautés et laisse des séquelles indélébiles.
L’école, ce sanctuaire censé être préservé, n’est plus épargnée. Les structures de santé, déjà précaires, sont prises pour cibles. Ces attaques systématiques contre les infrastructures civiles créent un environnement où l’enfance est tout simplement niée. Quel avenir peut-on bâtir pour une génération privée d’éducation, de soins et du sentiment le plus élémentaire de sécurité ? La réponse de l’UNICEF Afrique centrale et de son directeur régional est claire : il n’y en a pas sans une mobilisation immédiate et totale.
Au cœur des discussions de Gilles Fagninou avec les autorités gouvernementales et, fait notable, avec des représentants de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23), un acteur clé du conflit, a trôné un impératif catégorique : le respect du droit international humanitaire. Le plaidoyer est sans équivoque. Il exige un accès humanitaire « sûr, rapide et sans entrave » jusqu’aux lignes de front, pour que l’aide puisse traverser les barrières invisibles de la guerre et atteindre les déplacés est Congo, ces populations oubliées au cœur de la tourmente.
L’appel lancé depuis Kinshasa est donc un ultimatum à la conscience collective. Le gouvernement congolais, les groupes armés qui déchirent le territoire, et la communauté internationale sont sommé de redoubler d’efforts. Protéger les enfants n’est pas une option, c’est une obligation légale et morale. Garantir la sécurité des humanitaires n’est pas un détail logistique, c’est la condition sine qua non pour éviter une catastrophe encore plus grande. La crise dans l’Est n’est pas une fatalité, mais le résultat d’un enchaînement de violences et d’abandons. L’arrêter demande plus que des mots. Elle exige une action concertée, ferme et immédiate, avant que le visage de cet enfant dans les bras de sa mère ne devienne le symbole d’une génération sacrifiée.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
