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Goma étouffée : la flambée des prix des produits manufacturés plonge la ville en crise inflationniste

La métropole du Nord-Kivu suffoque sous le poids d’une inflation structurelle qui vient de connaître une brutale accélération. Une hausse vertigineuse des prix, oscillant entre 100% et 150% pour certains produits manufacturés, frappe de plein fouet les consommateurs de Goma, dans un contexte où l’économie locale est déjà mise à genoux par l’activité de la rébellion M23. Cette flambée des prix, plus qu’un simple ajustement, s’apparente à un coup de massue pour un pouvoir d’achat déjà exsangue.

Comment une telle spirale inflationniste a-t-elle pu s’enclencher en si peu de temps ? Les étals du centre commercial de Birere, baromètre informel de l’économie gomatracienne, offrent un constat sans appel. En l’espace de quinze jours, le bidon de 20 litres d’huile végétale est passé de 28 à 45 dollars américains, soit une hausse de près de 61%. Le sac de 25 kg de farine de froment, lui, a grimpé de 17 à 20 dollars. Ces chiffres, glaçants, ne sont que la partie émergée d’un iceberg de pénurie. L’huile, la farine, la mayonnaise, les sardines en boîte ou encore la tomate concentrée sont devenues des denrées rares, dont les prix ont littéralement « galopé », selon le terme utilisé par les commerçants sur le terrain.

Cette crise des produits manufacturés à Goma n’est pas un phénomène isolé. Elle trouve sa source dans un double étau géopolitique. En premier lieu, la guerre menée par le M23/AFC dans l’arrière-pays continue d’asphyxier les circuits logistiques et de drainer les ressources, créant un climat d’insécurité économique chronique. Mais le facteur déclenchant de cette récente flambée est exogène. Les commerçants pointent du doigt les conflits qui ensanglantent le Moyen-Orient. L’Iran, les États-Unis, Israël : ces nations, directement ou indirectement, sont soit d’importants producteurs, soit des plaques tournantes critiques pour l’exportation de nombreuses marchandises qui finissent leur course sur les marchés de l’Est congolais.

« Plusieurs produits, comme la farine de froment, proviennent des pays actuellement en guerre. À cause de la suspension des bateaux, les prix de tous les produits ont été revus à la hausse », explique une commerçante, résumant le mécanisme du contre-choc inflationniste. Cette dépendance aux importations en provenance de zones en crise expose dramatiquement l’économie de Goma aux soubresauts internationaux. La suspension ou la perturbation du trafic maritime sur certaines routes clés crée une rupture d’approvisionnement immédiate, que la spéculation et la rareté artificielle transforment en explosion des coûts pour le consommateur final.

Les conséquences économiques et sociales de cette hausse des prix à Goma sont déjà palpables. Le « panier de la ménagère », indicateur concret du niveau de vie, se réduit comme une peau de chagrin depuis plus d’une année, sous l’effet combiné de la crise économique nationale, de l’instabilité politique et des conflits armés. Cette nouvelle vague d’inflation sur les produits de base risque d’accélérer l’appauvrissement d’une large frange de la population, de réduire la consommation interne et de freiner toute velléité de reprise économique locale. Le secteur informel, pilier de l’emploi, pourrait voir sa résilience sérieusement testée.

À moyen terme, cette situation pose la question cruciale de la résilience et de la diversification de l’approvisionnement de l’Est de la RDC. La dépendance quasi-exclusive à des corridors d’importation vulnérables aux chocs géopolitiques lointains apparaît comme un point de fragilité systémique. Alors que la guerre du M23 continue de peser sur la sécurité régionale, la guerre en Ukraine avait déjà démontré la sensibilité des cours mondiaux des denrées. Aujourd’hui, les conflits au Moyen-Orient répercutent un nouveau choc sur l’économie du Nord-Kivu. Cette succession de crises externes agit comme un révélateur cruel de la vulnérabilité d’une économie comme celle de Goma, prise en tenaille entre des conflits locaux et les turbulences de la globalisation. La rareté des produits manufacturés n’est peut-être que le premier symptôme d’une asphyxie plus profonde, appelant à une réflexion urgente sur les modèles de développement et d’approvisionnement de la région.

Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net

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Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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