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Cacao en crise : Kinshasa dégaine un plan de stabilisation

La chute vertigineuse des cours mondiaux du cacao, véritable onde de choc sur les marchés internationaux, n’épargne pas la République démocratique du Congo. Alors que la filière cacao Congo émerge à peine comme une alternative crédible aux traditionnelles ressources minières, cette dépréciation brutale menace de saper les efforts de diversification économique. Face à ce retournement de conjoncture que d’aucuns qualifient déjà de « tempête parfaite », le Gouvernement congolais a décidé de ne pas rester les bras croisés.

Réuni le vendredi 8 mai en Conseil des ministres autour du chef de l’État Félix Tshisekedi, l’exécutif a adopté un ambitieux plan de stabilisation destiné à immuniser le secteur contre les secousses exogènes. Porté par le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, ce dispositif interministériel se veut une réponse chirurgicale à la baisse prix cacao. Il s’agit, selon les termes du compte rendu officiel, d’« un plan d’action destiné à stabiliser le secteur du cacao » en conjuguant plusieurs leviers stratégiques.

Le plan stabilisation cacao RDC articule ainsi quatre axes majeurs. D’abord, des mesures fiscales ciblées, visant à alléger la pression sur les producteurs et exportateurs, à l’image d’un amortisseur budgétaire. Ensuite, la relance production cacao, pierre angulaire du dispositif, qui ambitionne de doper les rendements agricoles par un meilleur encadrement technique et un accès élargi aux intrants. Le Gouvernement entend également promouvoir la transformation locale des fèves, pour capter davantage de valeur ajoutée et réduire la vulnérabilité aux fluctuations des cours de la matière première brute. Enfin, la sécurisation des circuits commerciaux devrait permettre de garantir des débouchés stables et rémunérateurs.

Ces orientations interviennent alors que les signaux concrets de la filière appellent à une action urgente. En 2025, la province de la Tshopo n’a exporté qu’environ 28 tonnes de cacao, un volume symbolique comparé au potentiel national estimé à plusieurs milliers de tonnes. Ce contraste illustre à lui seul l’immense marge de progression, mais aussi les goulets d’étranglement structurels qui étouffent la production. Comment expliquer un tel décalage, sinon par le manque de soutien étatique et l’absence d’une chaîne de valeur intégrée ?

Parallèlement à ce plan d’urgence, Kinshasa se prépare à un rendez-vous de taille : le troisième examen de sa politique commerciale par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les consultations préparatoires s’ouvriront dans les prochains jours dans la capitale congolaise, tandis qu’une mission du secrétariat de l’OMC est attendue du 11 au 15 mai 2026. Cette deuxième visite précédant l’examen final, programmé à Genève les 28 et 30 octobre de la même année, sera l’occasion de passer au crible un large éventail de secteurs – du commerce extérieur aux douanes, en passant par l’agriculture, la pêche, l’environnement, la propriété intellectuelle, les mines, la santé, les services et les politiques d’investissement. L’OMC politique commerciale de la RDC sera ainsi scrutée sous toutes les coutures, dans un exercice de transparence qui pourrait renforcer la crédibilité du pays sur l’échiquier commercial international.

Le ministre Julien Paluku a d’ailleurs insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective, impliquant toutes les parties prenantes, pour que la participation congolaise soit à la hauteur des enjeux. Une manière de rappeler que la diplomatie économique n’est pas l’apanage d’un seul ministère, mais bien une partition qui se joue à plusieurs voix. Cette double actualité – stabilisation de la filière cacao Congo et évaluation multilatérale – forme un diptyque cohérent, où la défense des intérêts sectoriels immédiats se conjugue avec une stratégie d’arrimage aux standards mondiaux.

En définitive, le Gouvernement parie sur une combinaison gagnante : amortir le choc conjoncturel par des mesures internes volontaristes, tout en utilisant l’examen de l’OMC comme un levier de modernisation structurelle. Si ce plan d’ensemble est exécuté avec rigueur, il pourrait transformer la vulnérabilité en opportunité et faire du cacao un véritable baromètre de la résilience économique congolaise. Une ambition à suivre de près.

Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net

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Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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