La filière cacao congolaise traverse une zone de fortes turbulences. Alors que les cours mondiaux s’effondrent, menaçant l’équilibre économique de régions entières comme la Tshopo, le gouvernement de la République démocratique du Congo a décidé de ne pas rester les bras croisés. Réuni en Conseil des ministres le 8 mai dernier sous la présidence de Félix Tshisekedi, l’exécutif a adopté une batterie de mesures destinées à amortir le choc et à relancer durablement ce secteur stratégique.
Porté par le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, ce « plan d’action interministériel » se veut un rempart contre les effets dévastateurs de la baisse des prix du cacao en RDC. Concrètement, il s’articule autour de quatre piliers : des mesures fiscales cacao incitatives, un appui renforcé à la production agricole, la promotion de la transformation locale du cacao et la sécurisation des circuits commerciaux. Comment empêcher que l’or brun ne devienne un fardeau ? En créant un écosystème où chaque maillon de la chaîne de valeur trouve son compte.
Les mesures fiscales promises devraient alléger le fardeau des producteurs et des exportateurs, en réduisant les prélèvements qui grèvent leur compétitivité sur un marché déjà saturé. Mais l’ambition va au-delà du simple pansement conjoncturel : il s’agit de muscler le tissu industriel local. La transformation locale du cacao permettrait, selon les projections gouvernementales, de multiplier par trois la valeur captée sur place. Pourquoi exporter des fèves brutes quand on peut, demain, vendre du beurre, de la poudre ou du chocolat made in RDC ? Une question qui résonne comme un défi au cœur de la stratégie.
Parallèlement, Kinshasa se prépare à un rendez-vous décisif sur la scène commerciale mondiale. Dans les prochaines semaines, des consultations préparatoires au troisième examen de la politique commerciale de la RDC par l’OMC vont s’ouvrir. Une mission du secrétariat de l’Organisation mondiale du commerce est attendue à Kinshasa du 11 au 15 mai 2026 – deuxième visite technique avant l’examen final prévu à Genève les 28 et 30 octobre 2026. Ce processus, qui passera au crible une douzaine de secteurs – des douanes à l’agriculture, en passant par les mines, la propriété intellectuelle ou les services –, constitue à la fois une épreuve et une opportunité.
L’exercice permettra de jauger la cohérence des politiques publiques congolaises avec les règles multilatérales, mais aussi de défendre des intérêts commerciaux vitaux. Pour le ministre Paluku, l’implication de toutes les parties prenantes – administrations, secteur privé, société civile – est la clé d’une représentation de qualité. Car il ne s’agit plus seulement de stabiliser une filière sinistrée, mais d’envoyer un signal fort aux investisseurs et partenaires : la RDC bâtit une économie résiliente, adossée à des politiques commerciales transparentes.
Ce double front – domestique et international – dessine les contours d’une ambition nationale. Reste à transformer l’essai. Le plan stabilisation cacao, s’il est mis en œuvre avec rigueur, pourrait inverser la courbe de la dépendance aux marchés volatils et propulser le pays parmi les transformateurs de référence du continent. Le compte à rebours est lancé.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
