Dans le paysage économique précaire du Kasaï-Central, les transporteurs vélo Kananga, connus sous le nom de Bayanda, représentent une véritable artère vitale pour l’approvisionnement Kananga. Pourtant, cette artère est aujourd’hui gravement obstruée. Comment un secteur qui assure la subsistance de milliers de familles et l’alimentation d’une capitale provinciale peut-il continuer à fonctionner sous le double joug d’infrastructures délabrées et d’une fiscalité sauvage ?
Chiffres à l’appui, bien que non officiels, les Bayanda Kasaï-Central</strong] acheminent quotidiennement près de 70% des denrées alimentaires de base – maïs, manioc, charbon de bois – vers les marchés de Kananga. Leur réseau s'étend sur un maillage fragile de routes desserte agricole, souvent les seules liaisons avec les territoires producteurs de Dibaya, Dimbelenge ou Tshikula. Leur efficacité repose sur une logistique low-cost et une résilience à toute épreuve, aujourd’hui mise à mal par un environnement des plus hostiles.
L’analyse terrain révèle un double frein structurel. Premièrement, l’état catastrophique des voies de communication, véritables « cicatrices » dans le tissu économique local, triple le temps de transport et use prématurément les équipements. Deuxièmement, et c’est peut-être le plus lourd tribut, la prolifération de barrières illégales RDC érige un « mur invisible » de coûts. Comme le décrit François Mbuyi, un Bayanda de la mission Tshikula : « C’est un péage à chaque village. Des jeunes, parfois des militaires, imposent un passage qui peut absorber jusqu’au quart de notre maigre marge. À la rivière Lubi, la barrière militaire coûte une fortune. » Cette taxation informelle, pouvant représenter plusieurs milliers de francs congolais par trajet, agit comme une ponction directe sur le pouvoir d’achat des consommateurs finaux.
Les conséquences économiques de cette paralysie sont tangibles et en cascade. L’augmentation des coûts de transport se répercute immédiatement sur les prix des denrées à Kananga, creusant l’inflation alimentaire dans une région déjà vulnérable. Le risque ? Voir se tarir ces flux essentiels, les Bayanda étant contraints d’abandonner des itinéraires devenus non rentables. Cette situation crée un paradoxe criant : des zones rurales avec des surplus de production et une ville en demande croissante, séparées non par la distance, mais par l’incurie administrative et l’insécurité sur les axes.
L’appel lancé par les transporteurs à vélo aux autorités provinciales n’est donc pas une simple doléance, mais un signal d’alarme économique. La réhabilitation des routes desserte agricole et la suppression des barrières illégales RDC ne relèvent pas du simple aménagement territorial, mais d’une stratégie de sécurisation des approvisionnements et de stabilisation des prix. Investir dans ces axes, c’est investir dans la fluidité du marché et la lutte contre la vie chère.
À plus long terme, la formalisation et la protection de l’activité des Bayanda Kasaï-Central pourraient en faire un levier de développement bien plus puissant. Imagine-t-on l’impact d’une flotte organisée, bénéficiant de routes praticables et à l’abri des rackets, sur la productivité agricole et la sécurité alimentaire de toute la province ? La balle est désormais dans le camp des décideurs. L’urgence n’est pas seulement logistique, elle est économique et sociale. Laisser pourrir la situation, c’est prendre le risque de sectionner l’une des dernières artères encore pulsantes de l’économie informelle du Kasaï, avec des conséquences potentiellement dramatiques pour l’approvisionnement Kananga. L’heure n’est plus aux constats, mais à l’action concrète.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
