Le Sud-Ubangi renoue avec sa vocation agricole. Le ministère de l’Économie nationale et le Fonds de régulation économique (FOREC) ont lancé, vendredi 3 juillet à Bwamanda, le Programme de relance agricole dans le Sud-Ubangi (PRASUB). Doté de 7,7 millions USD, ce projet entend lever les obstacles qui freinent le potentiel de la province : enclavement, semences de faible qualité et manque d’infrastructures de stockage et de transformation. Concrètement, il s’agit de redonner aux producteurs les moyens de produire, de conserver et de vendre dans de meilleures conditions, pour que l’agriculture redevienne un moteur économique local.
Un financement ciblé pour structurer la production locale
Le PRASUB mobilise 7,7 millions USD pour encadrer directement 2 000 producteurs agricoles. L’objectif est de structurer 80 organisations paysannes et 20 associations villageoises d’épargne et de crédit. Ces groupements bénéficieront d’un accompagnement technique et de la distribution d’intrants agricoles certifiés. L’enjeu est de professionnaliser les pratiques pour améliorer les rendements et stabiliser les revenus des ménages ruraux. En misant sur des semences de qualité et un suivi régulier, le programme cherche à rompre avec les cycles de faible productivité qui maintiennent les familles dans la précarité. Pour les bénéficiaires, cela signifie concrètement des récoltes plus abondantes et la possibilité de dégager un surplus commercialisable.
Désenclaver les zones de production pour écouler les récoltes
L’isolement des bassins agricoles est un frein majeur à la commercialisation. Le programme prévoit la réhabilitation de 290 km de routes de desserte agricole et l’acquisition de 5 camions de transport. Ces investissements visent à réduire les pertes post-récolte et à connecter les producteurs aux marchés. Aujourd’hui, de nombreux villages restent coupés des centres de consommation pendant la saison des pluies, ce qui entraîne la pourriture d’une partie des récoltes sur place. En rétablissant des voies praticables, le PRASUB entend fluidifier les échanges et permettre aux agriculteurs de vendre au moment où les prix sont les plus favorables. Le gouverneur intérimaire du Sud-Ubangi, Jean-René Galigwa, y voit un levier pour créer des emplois et améliorer les conditions de vie. Il estime que le désenclavement profitera aussi aux autres activités économiques, comme le petit commerce, en facilitant l’accès aux intrants et aux biens de première nécessité.
Stocker et transformer pour capter plus de valeur
Au-delà du transport, le PRASUB mise sur la conservation et la transformation. Deux silos de stockage seront construits, et une unité de transformation du soja sera installée. Ces infrastructures doivent permettre de réguler l’offre, de limiter la volatilité des prix et d’augmenter la valeur ajoutée locale. Actuellement, les producteurs sont souvent contraints de brader leur récolte au moment de l’abondance, faute de lieux de stockage adaptés. Avec des silos, ils pourront conserver leurs produits et les écouler progressivement, en fonction de la demande. L’unité de transformation du soja, quant à elle, ouvre la voie à la fabrication d’huile ou de tourteaux, créant ainsi de nouveaux revenus et des emplois dans la transformation. Pour le secrétaire exécutif du FOREC, Jean-Paul Nemoyato, il s’agit d’une renaissance agricole pour la province, premier projet du genre financé par le Fonds. Il rappelle que le Sud-Ubangi a toujours eu une forte tradition agricole, mais que les infrastructures n’avaient jamais suivi.
Une gestion transparente comme condition de réussite
La mise en œuvre du programme sera scrutée. Le coordonnateur du CDI Bwamanda, Édouard Sangi, a promis rigueur et transparence : « Nous voulons être des modèles pour bien gérer, bien faire les choses », a-t-il déclaré. Cette exigence est cruciale pour pérenniser les investissements et renforcer la confiance des bénéficiaires. Sans une gestion rigoureuse, les fonds risquent de se perdre dans des circuits opaques, et les équipements de tomber en panne faute d’entretien. Le projet est né d’une mission du vice-Premier ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, en octobre 2025, qui avait identifié le fort potentiel agricole de la province et ses principaux goulets d’étranglement. En s’attaquant à ces blocages de manière coordonnée, le PRASUB pourrait servir de modèle pour d’autres provinces confrontées aux mêmes difficultés.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
