L’absence d’un traité international juridiquement contraignant sur la pollution plastique peut limiter la capacité de la République démocratique du Congo à répondre à une crise qui touche à la fois l’environnement et la santé publique. C’est l’analyse défendue par l’ONG Appui aux initiatives communautaires pour la conservation de l’environnement et le développement durable, AICED, qui appelle la délégation congolaise engagée à Nairobi à soutenir une position ferme dans les discussions internationales.
Dans une intervention sur Radio Okapi le mercredi 1er juillet, Faustin Nyebone, directeur exécutif de l’AICED, a expliqué que les déchets plastiques ne posent pas seulement un problème au moment où ils s’accumulent dans l’environnement. Pour l’organisation, le risque doit être compris sur l’ensemble du cycle de vie du plastique, depuis l’extraction des énergies fossiles jusqu’à la dégradation des déchets. Cette lecture élargit le débat: il ne s’agit pas uniquement de nettoyer ou de gérer les déchets visibles, mais de réduire les sources d’intoxication tout au long de la chaîne.
Pourquoi la gestion des déchets ne suffit pas
Faustin Nyebone estime qu’une réponse limitée à la collecte ou au traitement final des déchets resterait insuffisante. Il l’a formulé directement sur Radio Okapi: « S’atteler uniquement à la gestion des déchets ne permettra pas d’empêcher l’intoxication causée par la pollution plastique ». Cette position met l’accent sur une idée simple: lorsque le problème commence avant même que le plastique ne devienne un déchet, les mesures doivent aussi intervenir avant cette étape.
Pour les ménages et les institutions, cette approche permet de mieux comprendre pourquoi la pollution plastique est présentée par l’AICED comme un défi de santé publique. Les déchets plastiques dégradés peuvent avoir un impact toxique sur l’écosystème, selon l’organisation. La réponse attendue ne se limite donc pas à une opération de salubrité. Elle suppose des règles capables d’encadrer la production, l’usage, la gestion et la fin de vie des plastiques.
La RDC appelée à peser à Nairobi
Dans une lettre ouverte adressée au ministre congolais de l’Environnement et à sa délégation en mission à Nairobi, au Kenya, l’AICED exhorte les autorités à défendre une position forte lors des négociations en cours. La RDC participe, du 30 juin au 4 juillet, à une réunion du Comité intergouvernemental de négociation sur la pollution plastique.
Pour l’ONG, l’enjeu est institutionnel autant qu’environnemental. Sans cadre mondial contraignant, le pays risque de faire face à des blocages dans la résolution de cette crise. Faustin Nyebone recommande ainsi à la délégation congolaise de plaider pour un traité mondial qui réglemente chaque étape du cycle de vie des plastiques. Dans cette logique, les negotiations pollution plastique à Nairobi deviennent un moment important pour faire valoir les besoins du pays dans un accord international à venir.
Un traité mondial encore en préparation
Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement, la réunion de Nairobi permet aux délégués d’évaluer les progrès réalisés depuis 2022 et d’intégrer de nouvelles propositions. Elle doit aussi préparer la reprise des négociations formelles sur le traité mondial relatif aux plastiques, prévue en mars 2027 à Nairobi.
Ce calendrier montre que le processus reste en construction. Pour la RDC, la question est donc de savoir quelle place prendre dans ces discussions avant l’étape formelle de 2027. L’AICED considère que le pays devrait jouer un rôle actif afin d’orienter les échanges vers un accord bénéfique pour lui. Cette formulation reste prudente, mais elle indique clairement une attente: ne pas subir les décisions internationales, et défendre des règles adaptées aux réalités nationales.
Un risque mondial aux effets sanitaires
Le PNUE souligne que l’augmentation rapide des niveaux de pollution plastique constitue un grave problème environnemental mondial. Cette pollution affecte négativement les dimensions environnementales, sociales, économiques et sanitaires du développement durable. Autrement dit, la question ne concerne pas uniquement les déchets visibles dans les villes ou les milieux naturels. Elle touche aussi les conditions de vie, les activités économiques et la santé publique dechets plastiques.
D’après les prévisions du PNUE, si aucune action n’est engagée, la quantité mondiale de déchets plastiques pourrait atteindre environ 1,2 milliard de tonnes d’ici à 2060. Ce chiffre donne l’échelle du défi. Il ne permet pas, à lui seul, de décrire la situation dans chaque localité congolaise, mais il éclaire l’urgence d’un cadre international plus solide. Dans ce contexte, l’appel de l’AICED vise à inscrire la RDC dans une réponse structurée, fondée sur des règles communes et sur une compréhension complète du cycle du plastique.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
