L’agglomération de Kibirizi, dans la chefferie de Bwito en territoire de Rutshuru (Nord-Kivu), fait face à une pénurie d’eau potable qui dure depuis plus d’un mois. Toutes les bornes-fontaines aménagées par des organisations humanitaires sont à sec, obligeant les habitants à parcourir de longues distances pour s’approvisionner en eau. Cette situation critique affecte directement les structures sanitaires locales, où les conséquences sur la santé des patients se font déjà sentir.
Un accès à l’eau réduit à un filet
Le tarissement des points d’eau a transformé la quête quotidienne d’eau en un parcours épuisant et souvent vain. Une habitante témoigne : « Aujourd’hui, je me suis réveillée à 3 heures du matin pour aller chercher de l’eau à Kabanda, à 5 kilomètres de Kibirizi. Je reviens pourtant avec mes bidons vides, car l’eau ne coule qu’au compte-gouttes. » Ce récit illustre la détresse des familles qui, faute d’eau à proximité, doivent se lever en pleine nuit pour espérer remplir quelques récipients.
Selon le comité local d’adduction d’eau de Kibirizi, cette pénurie résulte de conditions météorologiques défavorables qui ont considérablement réduit le niveau du captage construit par l’ONG Mercy Corps. Des pannes récurrentes sur les conduites alimentant l’agglomération aggravent encore la situation. Zacharie Kamate, membre de ce comité, précise que trois nouveaux captages de renfort ont été aménagés dans les montagnes de Kanyatsi, mais le manque de tuyaux pour le réseau de transport empêche leur interconnexion avec l’ancien ouvrage.
Des risques sanitaires accrus pour les plus vulnérables
L’absence d’eau potable expose la population à des dangers immédiats. Gyslaine Kahindo, membre de la société civile de Kibirizi, alerte sur les risques encourus lors des déplacements nocturnes : « À Kibirizi, ces déplacements nocturnes exposent particulièrement les femmes et les jeunes filles à des risques accrus d’agressions sexuelles. » La crise est également accentuée par l’arrivée massive de déplacés en provenance des villages environnants, qui exerce une pression supplémentaire sur des ressources hydriques déjà très limitées.
Dans les structures sanitaires, les conséquences sont sévères. Certains patients passent plusieurs jours sans pouvoir se laver, ce qui compromet l’hygiène de base et augmente le risque d’infections. Des cas de décès liés à la déshydratation auraient été enregistrés, bien que les chiffres précis ne soient pas disponibles. La population réclame une assistance humanitaire urgente pour éviter une aggravation de la situation.
Des solutions techniques en attente de moyens
Face à l’urgence, des initiatives locales tentent de répondre au problème. Les trois captages de renfort dans les montagnes de Kanyatsi représentent une piste prometteuse, mais leur mise en service est bloquée par l’absence de tuyaux nécessaires au raccordement. Zacharie Kamate souligne que l’interconnexion avec l’ancien réseau de Mercy Corps est indispensable pour rétablir un approvisionnement régulier.
En attendant, les habitants se tournent vers des ruisseaux et des sources non aménagées, situés à plusieurs kilomètres. Cette eau, non traitée, présente des risques sanitaires importants, notamment des maladies diarrhéiques qui peuvent être fatales, surtout chez les enfants et les personnes déjà affaiblies. La situation rappelle l’importance d’un accès durable à l’eau potable pour préserver la santé des communautés.
Un appel à la mobilisation humanitaire
La pénurie d’eau à Kibirizi met en lumière la fragilité des infrastructures hydrauliques dans les zones affectées par les déplacements de population. L’afflux de milliers de déplacés a saturé des capacités déjà insuffisantes, transformant une difficulté saisonnière en crise humanitaire. Les acteurs locaux insistent sur la nécessité d’une intervention rapide pour fournir des équipements et rétablir le réseau.
Pour les habitants, chaque jour sans eau potable accroît les souffrances et les dangers. Les femmes et les filles, en première ligne pour la corvée d’eau, sont particulièrement exposées aux violences lors des longs trajets. La réponse à cette crise doit donc intégrer des mesures de protection et un approvisionnement d’urgence, en attendant la réhabilitation complète du système d’adduction.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
