Ce débrief du 13 juin 2026 revient sur les actualités les plus marquantes de la journée en République démocratique du Congo. Entre la persistance des violences armées dans l’Est, la crise éducative qui s’aggrave, et les tensions politiques à Kinshasa, le pays fait face à des défis multiples. Voici les sept faits saillants à retenir.
Contrebande de coltan : Global Witness documente le rôle du M23
Une enquête de Global Witness, publiée le 10 juin, révèle que plus de 2 000 tonnes de coltan de contrebande, extraites des mines de Rubaya sous contrôle du M23, alimentent les chaînes d’approvisionnement mondiales. Les exportations rwandaises ont doublé, et les mécanismes de diligence raisonnable n’ont pas empêché ce trafic. Selon l’organisation, les mines de Rubaya, qui fournissent environ 15 % du tantale mondial, sont devenues une source de revenus majeure pour le M23, groupe armé soutenu par l’armée rwandaise et accusé d’exactions graves. L’enquête a suivi pendant un an le cheminement du coltan, depuis son extraction jusqu’aux fonderies, en passant par un acheminement clandestin à travers la frontière rwandaise. Global Witness a constaté que les exportations de coltan du Rwanda ont plus que doublé ces trois dernières années, et a identifié sept entreprises responsables de 85 % de ces exportations. Des entretiens avec des trafiquants ont révélé qu’au moins cinq d’entre elles achetaient du coltan de conflit congolais pour le revendre à des fonderies en Chine ou au Kazakhstan. L’enquête met en cause les mécanismes de diligence raisonnable, notamment le système ITSCI, utilisé par de nombreuses entreprises internationales, qui servirait à blanchir une grande partie du coltan de contrebande. Le coltan lié au conflit aurait également pu intégrer un système alternatif, Better Mining, et les audits de la Responsible Minerals Initiative (RMI) n’auraient pas permis d’identifier le minerai de conflit dans les chaînes d’approvisionnement des fonderies. Une fois transformé en tantale, le coltan entre dans la fabrication de condensateurs, composants essentiels des appareils électroniques. Global Witness estime que du coltan de conflit a pu se retrouver dans des produits de marques comme Microsoft, Vodafone, Sony, Amazon, Nvidia, LG Display, Ericsson, Toyota et Apple. Ces révélations interviennent alors que l’offensive de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda selon Kinshasa et plusieurs rapports internationaux, se poursuit dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Le gouvernement congolais dénonce depuis des années une « guerre économique » motivée par le pillage des ressources minières, tandis que Kigali rejette systématiquement ces accusations. Les efforts diplomatiques, notamment sous l’égide des États-Unis à Washington et lors des discussions de Doha, n’ont pas encore abouti à un règlement durable du conflit. Lire l’article complet.
Masisi : 30 écoles fermées à cause des combats entre FARDC et M23
La société civile de Katoyi rapporte que 30 écoles primaires et secondaires sont fermées dans le territoire de Masisi, privant des milliers d’enfants d’éducation. Les affrontements entre FARDC, groupes Wazalendo et AFC/M23 ont rendu ces établissements inaccessibles ou endommagés. Dans le seul secteur de Katoyi, on recense 10 écoles secondaires et 20 écoles primaires fermées ou devenues inaccessibles, car situées dans des zones où la présence des groupes armés rend tout déplacement trop risqué pour les élèves et les enseignants. La crise ne se limite pas à ce secteur : dans le secteur d’Osso Banyungu et en chefferie des Bahunde, d’autres écoles n’ont plus fonctionné depuis novembre 2025, perturbant presque toute l’année scolaire. Les autorités de la province éducationnelle Nord-Kivu 3 confirment cette situation et précisent que certains élèves finalistes ont pu être transférés vers des centres d’examens encore opérationnels pour participer aux épreuves nationales. Même lorsque les écoles restent ouvertes, les conditions d’apprentissage sont extrêmement difficiles. Dans des localités comme Nyamaboko, Ufamandu, les environs de Nyabiondo, Ngungu et Rubaya, les cours sont régulièrement interrompus par la reprise des combats. Le rapport de la société civile souligne que les élèves étudient dans un climat marqué par l’incertitude, la peur et une forte anxiété liée à la proximité des violences, affectant leur bien-être psychosocial. Face à cette dégradation, l’ONG ActionAid a lancé en février 2026 un projet d’éducation d’urgence de 18 mois, qui s’étendra jusqu’en juillet 2027, dans la zone de santé de Kiroshe, en chefferie des Bahunde. Ce projet vise à rétablir l’accès à une éducation sûre, renforcer la protection des enfants et soutenir les femmes vulnérables. En février 2026, ActionAid estimait que plus de 431 000 enfants étaient hors du système scolaire et que 1 142 écoles étaient fermées à travers le Nord-Kivu. Sans amélioration du contexte sécuritaire, les efforts pour garantir une éducation pour tous risquent de rester insuffisants, laissant une génération entière face à un avenir incertain. Lire l’article complet.
ENAFEP 2026 : plus de 6 000 absents au Nord-Kivu 1 sous l’effet de l’insécurité
Un rapport d’évaluation révèle que 6 019 candidats, dont 1 832 filles, n’ont pas participé à l’ENAFEP dans le Nord-Kivu 1. L’insécurité et les frais scolaires sont en cause, affectant particulièrement Rutshuru, Nyiragongo et la périphérie de Goma. Sur un total de 46 769 inscrits, dont 22 648 filles, 6 019 élèves n’ont pas pris part aux examens organisés les 4 et 5 juin 2026. Les autorités éducatives pointent la dégradation continue de la situation sécuritaire comme facteur explicatif majeur, les déplacements massifs de populations ayant fortement perturbé le déroulement de l’année scolaire. Les sous-divisions de Rutshuru 1, 2, 3 et 5, ainsi que le territoire de Nyiragongo, figurent parmi les zones les plus affectées, où les affrontements et attaques récurrentes ont provoqué des déplacements massifs, interrompant la scolarité de nombreux enfants. Des localités comme Lusuli, Mirangi, Ibuga, Kashuga, Birambizo et Kanyangohe-Karambi enregistrent des taux d’abandon scolaire particulièrement élevés. Outre l’insécurité, les autorités évoquent un autre obstacle : les contributions financières exigées dans certaines écoles publiques, bien que l’enseignement primaire soit officiellement gratuit en RDC. Ces frais pèsent sur des familles déjà fragilisées par la crise et aggravent les difficultés d’accès à l’éducation. La situation n’épargne pas les zones urbaines : les sous-divisions de Himbi et Karisimbi 2, situées dans la périphérie de Goma, sont aussi concernées par ces absences, en raison de la présence de nombreux déplacés internes. Cette forte absence à l’ENAFEP illustre les défis structurels du système éducatif dans les zones en conflit, entre insécurité persistante, déplacements de populations et obstacles économiques. Le rapport ne précise pas les mesures envisagées pour les candidats absents, mais le constat documenté appelle une réponse coordonnée des autorités éducatives et sécuritaires. Lire l’article complet.
Bas-Uélé : une attaque de la LRA fait un mort et neuf enlevés à Banda
Une incursion de la Lord’s Resistance Army dans la nuit du 11 au 12 juin à Banda, territoire d’Ango, a causé la mort d’un agent de la Direction des recettes provinciales et l’enlèvement de neuf personnes, dont huit élèves. L’attaque a interrompu le TENASOSP et paralysé les activités locales. Selon les informations recueillies, les assaillants lourdement armés ont mené une attaque brutale contre la population de Banda aux environs de 2 heures du matin. Au cours des violences, un agent de la Direction des recettes provinciales du Bas-Uélé a été tué, bien que les circonstances exactes de sa mort n’aient pas été précisées. Parmi les neuf personnes capturées figurent huit élèves de l’enseignement de base, dont quatre garçons et quatre filles. Fidèle Aningeyi, directeur de l’école primaire Banda, a indiqué que certains d’entre eux participaient au TENASOSP : « Deux élèves de la 8e année de l’éducation de base ont présenté l’examen du premier jour, mais, dans la nuit du 11 au 12 juin, ils ont été enlevés et ont manqué l’examen du deuxième jour. Vraiment, nous regrettons. La communauté de Banda est en deuil. » Un jeune homme de 20 ans, également capturé, a été libéré dans la journée par les ravisseurs, mais le sort des huit élèves reste inconnu. Depuis l’attaque, toutes les activités socio-économiques sont à l’arrêt à Banda, la peur de nouvelles incursions paralysant la population. Le TENASOSP n’a pas pu se poursuivre lors de la dernière journée dans cette localité, perturbant ainsi le calendrier scolaire. La société civile locale, par la voix de son président Théo Zagbina, appelle à une intervention rapide : « Nous plaidons auprès du gouvernement central pour un renforcement des effectifs des FARDC afin de sécuriser la population. » Cette attaque rappelle la présence active de la LRA dans certaines zones reculées du nord de la RDC, malgré les efforts militaires déployés. Les incursions de ce groupe rebelle ougandais, souvent imprévisibles, continuent de cibler les civils, y compris des enfants, parfois enrôlés de force. La situation à Banda souligne la vulnérabilité persistante des populations locales face à ces violences. Lire l’article complet.
Nord-Kivu : au moins 5 morts dans une attaque des ADF à Kididiwe
Une incursion attribuée aux rebelles ADF a fait au moins cinq morts et plusieurs blessés ce vendredi 12 juin 2026 à Kididiwe, dans le Nord-Kivu. Les assaillants ont incendié des maisons, provoquant un déplacement massif de la population. Les FARDC sont déployées pour traquer les auteurs. Selon Philémon Paluku, président de la société civile de la commune de Ruwenzori, l’attaque a causé la mort d’au moins cinq personnes et fait plusieurs blessés, tandis que les assaillants ont incendié plusieurs maisons d’habitation. Ces violences ont provoqué une psychose au sein de la communauté, poussant de nombreux habitants à fuir vers des zones jugées plus sûres. Kididiwe se situe dans une région régulièrement ciblée par les ADF, groupe armé d’origine ougandaise actif dans l’est de la RDC. Cette nouvelle attaque illustre la persistance de l’insécurité dans le Nord-Kivu, malgré les opérations militaires en cours. La localité, à la frontière entre la commune de Ruwenzori et le territoire de Beni, est exposée à des incursions meurtrières qui entretiennent un climat de terreur parmi les civils. Le bourgmestre de la commune de Ruwenzori, le commissaire supérieur principal Rémy Masashi, a confirmé l’attaque et précisé que les FARDC sont déjà déployées dans la zone pour traquer les auteurs. Aucun détail n’a été fourni sur l’évolution de cette traque ni sur d’éventuelles interpellations, mais la présence militaire vise à rassurer les populations déplacées et à prévenir de nouvelles violences. Cet épisode s’inscrit dans une série d’attaques attribuées aux ADF dans la région de Beni, où les civils paient un lourd tribut. Le bilan définitif de l’attaque de Kididiwe pourrait s’alourdir dans les prochaines heures, en raison de la présence de blessés dont l’état de santé n’a pas été précisé. La société civile continue de documenter ces exactions pour alerter sur la dégradation sécuritaire dans cette partie du Nord-Kivu. Lire l’article complet.
Kinshasa : la répression d’une marche de l’opposition blesse Martin Fayulu et relance la crainte d’un 3e mandat
Les leaders de l’opposition Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Ados Ndombasi ont été blessés lors d’une manifestation interdite à Kinshasa. La coalition C64 protestait contre un éventuel changement constitutionnel ouvrant la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi. Ce jeudi 12 juin, la coalition d’opposition « C64 » avait appelé à un sit-in devant le Palais du Peuple pour protester contre un éventuel changement constitutionnel. L’interdiction de la marche par les autorités urbaines n’a pas empêché des milliers de sympathisants de se mobiliser, mais leur détermination s’est heurtée à un dispositif policier qui a fait usage de gaz lacrymogènes et de tirs de sommation. Dès les premières heures de la matinée, un important dispositif de la Police nationale congolaise avait été déployé autour du Palais du Peuple, et les principaux axes menant au siège du Parlement étaient bloqués. Pourtant, selon Prince Epenge, porte-parole de la coalition « C64 », plus de 20 000 sympathisants s’étaient mobilisés. Réunis au siège de l’ECiDé sur le boulevard Triomphal, les militants ont tenté, en début d’après-midi, de marcher vers le Parlement, mais le face-à-face tendu avec les forces de l’ordre a duré plus d’une heure avant que les manifestants ne soient repoussés. La dispersion de la foule a laissé des traces : les organisateurs rapportent que Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Ados Ndombasi ont été blessés, et plusieurs manifestants anonymes ont également été touchés. La coalition évoque même des morts, un bilan qui n’a pu être confirmé ni par des sources indépendantes ni par les autorités au moment de la publication. Au cœur de la mobilisation, la crainte d’un changement de la Constitution pour permettre un troisième mandat à Félix Tshisekedi cristallise les tensions, ravivant les souvenirs de crises politiques passées. La coalition « C64 » entend incarner un front du refus, mais la réponse musclée des forces de l’ordre risque de radicaliser les positions. La répression d’une manifestation pacifique, même interdite, interroge sur la capacité des institutions à tolérer la dissidence. Les blessures infligées aux leaders de l’opposition pourraient galvaniser leurs partisans ou, au contraire, décourager de futures mobilisations. Dans un climat où la parole publique est sous tension, la société civile observe, partagée entre la peur et la nécessité de se faire entendre. Lire l’article complet.
RDC : Joseph Kabila appelle à la résistance contre la révision constitutionnelle
Dans un message diffusé le 11 juin, Joseph Kabila accuse le pouvoir de violer la Constitution et appelle à une mobilisation citoyenne contre la réforme. Il invoque l’article 64 de la Constitution et dénonce une tentative de banaliser le débat sur les mandats présidentiels. L’ancien chef de l’État estime que l’adoption de la loi référendaire à l’Assemblée nationale marque une rupture politique majeure, une mise en cause directe de l’ordre constitutionnel. Dans son message, Joseph Kabila appelle les Congolais à se mobiliser dans leurs quartiers, leurs villes et leurs villages pour défendre la légalité constitutionnelle. Le ton employé confirme une escalade verbale nette dans le camp de l’opposition institutionnelle. Cette sortie intervient dans un contexte de forte crispation, au lendemain de la dispersion à Kinshasa d’un sit-in de la coalition C64, organisé contre le projet de révision constitutionnelle que ses opposants associent à la perspective d’un troisième mandat pour Félix Tshisekedi. Au-delà de la formule politique, cette prise de parole replace Joseph Kabila dans le jeu national à un moment où le débat institutionnel quitte le registre parlementaire pour entrer dans une phase de confrontation plus ouverte. Le pouvoir, lui, continue de soutenir que la réforme peut suivre la voie référendaire. Lire l’article complet.
Ce 13 juin 2026 illustre la convergence des crises sécuritaires, éducatives et politiques en RDC. La communauté internationale et les acteurs nationaux sont plus que jamais interpellés pour apporter des réponses durables.
