La confirmation d’un cas de guérison d’Ebola à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, illustre à la fois les progrès de la prise en charge médicale et les obstacles persistants dans la riposte contre l’épidémie qui touche l’Est de la République démocratique du Congo. Le ministre de la Santé publique, Roger Kamba, a détaillé jeudi 4 juin lors d’un briefing presse à Kinshasa les conditions de cette guérison et les difficultés de surveillance dans les zones sous contrôle de la rébellion de l’AFC/M23.
Un cas de guérison parmi sept enregistrés
Le ministre a confirmé que la personne guérie à Goma fait partie d’un total de sept guérisons enregistrées jusqu’à présent dans le pays. « Oui, la personne guérie à Goma fait partie des sept personnes guéries au total pour l’instant, dont six en Ituri et une à Goma », a-t-il déclaré. Cette annonce intervient alors que l’épidémie, confirmée le 15 mai 2026 en Ituri, s’est étendue aux provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié cette flambée d’urgence de santé publique de portée internationale, en raison d’une souche rare du virus pour laquelle il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique.
Les critères stricts d’une guérison d’Ebola
Roger Kamba a rappelé la définition médicale précise d’une guérison, qui repose sur des critères cliniques et biologiques rigoureux. « Une personne guérie est quelqu’un qui a été malade, qui a présenté des symptômes, dont un premier test est positif, donc nous sommes sûrs qu’il s’agit d’Ebola, qui n’a plus de symptômes et dont deux tests réalisés à deux jours d’intervalle sont négatifs », a-t-il expliqué. Cette clarification vise à éviter toute confusion et à rassurer sur la fiabilité des données communiquées, alors que la maladie reste redoutée.
Une surveillance à distance dans les zones sous tension
La riposte sanitaire se heurte toutefois à des contraintes majeures dans les territoires contrôlés par la rébellion de l’AFC/M23. Le ministre a reconnu que la coordination directe y est impossible. « Nous ne pouvons pas déployer correctement la riposte parce que nous n’avons pas de contact avec ces gens et nous ne voulons pas en avoir mais les équipes qui travaillent sont nos équipes, ce sont nos laboratoires. Et donc, nous suivons la situation », a-t-il précisé. Cette situation réduit l’efficacité du suivi des contacts : « dans le Nord-Kivu par exemple, nous avons 533 contacts des personnes que nous surveillons, mais de manière moins efficace parce que, tout simplement, nous n’avons pas de contact direct », a ajouté Roger Kamba.
Un contexte humanitaire qui aggrave les risques
Cette épidémie, la 17ᵉ de l’histoire sanitaire de la RDC, frappe une région déjà fragilisée par une grave crise humanitaire. Plus de 26 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë dans l’Est du pays. La malnutrition, les déplacements de populations et la faiblesse des services de santé augmentent le risque d’infection et de mortalité. L’activisme des groupes armés locaux et étrangers, ainsi que les affrontements entre les forces gouvernementales et la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda, aggravent la vulnérabilité des habitants, dans un contexte diplomatique marqué par le statu quo des initiatives pilotées par les États-Unis et le Qatar.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
