À Kabinda, le cœur de la province de Lomami, l’espoir s’est frayé un chemin à travers les rues poussiéreuses ce samedi 30 mai. Dans une salle bondée, le gouvernement provincial a officiellement réceptionné son premier Plan de Développement Provincial (PDP) 2026-2030, élaboré avec l’appui d’Enabel, l’agence belge de coopération. Un document de plus de 200 pages qui promet de transformer le quotidien de plus de 2 millions d’habitants, souvent livrés à eux-mêmes dans cette région enclavée du centre de la RDC.
Pour le paysan de Ngandajika qui peine à écouler son manioc, pour la mère qui parcourt des kilomètres pour un accès aux soins, ce plan, c’est l’espoir d’un avenir meilleur. Le vice-gouverneur Célestin Kayembe Tshiaji, qui présidait la cérémonie, a salué une « étape majeure » dans le processus de développement de Lomami. Il a raison : doter la province d’un cadre stratégique quinquennal, c’est reconnaître que l’improvisation a trop longtemps tué l’action publique. Mais une question brûle les lèvres : ce plan passera-t-il de la théorie à la réalité, ou finira-t-il comme tant d’autres dans les tiroirs poussiéreux de l’administration ?
Le PDP 2026-2030, selon le résumé exécutif présenté par Thoto Kasongo Nfuamba, chef de division du Plan, repose sur quatre piliers : l’amélioration des services sociaux de base (santé, éducation, eau), le développement des infrastructures (routes, énergie), la promotion de la bonne gouvernance et la relance des secteurs productifs (agriculture, transformation). Des ambitions légitimes et urgentes dans une province où les indicateurs de développement humain sont parmi les plus bas du pays. Loin des promesses de Kinshasa, qui tardent souvent à se matérialiser, ce plan se veut l’outil d’un développement endogène et décentralisé.
Mais le nerf de la guerre, c’est l’argent. Le coût global de la mise en œuvre est estimé à plus de 662 milliards de francs congolais, soit environ 275 millions de dollars américains. Un chiffre astronomique pour une province dont le budget annuel dépasse rarement les 10 millions de dollars. D’où viendront ces fonds ? Le ministre provincial du Budget, Timothée Tshite Lukombe, s’est contenté de féliciter les parties prenantes et de rappeler la rapidité du processus – trente jours de formulation, rédaction et validation. Une efficacité qui interroge : en un mois, a-t-on vraiment eu le temps de consulter les communautés locales, d’écouter les retraités, les jeunes désœuvrés, les femmes rurales ? La société civile, pourtant citée, reste méfiante. « On nous invite aux cérémonies, mais rarement à la table des décisions », confie un acteur associatif sous couvert d’anonymat.
Enabel, par la voix de Véronique Batwimina, experte en politiques publiques, a réaffirmé son engagement à accompagner la province. Une bonne nouvelle, mais qui devra s’accompagner d’un transfert réel de compétences et d’un renforcement des capacités locales. Sans quoi, Lomami restera dépendante de l’aide extérieure, incapable de piloter son propre destin. Le vice-gouverneur a appelé tous les acteurs à s’approprier ce plan. Juste, mais l’appropriation ne se décrète pas. Elle se construit par la transparence, la redevabilité et une volonté politique sans faille.
Alors que les applaudissements retentissent, une certitude demeure : le chemin est encore long. Le PDP 2026-2030 a le mérite d’exister. Il donne une direction, un cap. Mais en RDC, entre les plans et les réalisations, il y a souvent un gouffre. Pour les habitants de Lomami, ce 30 mai n’est pas une fin en soi, mais un point de départ. Dans cinq ans, ils jugeront. D’ici là, l’espoir reste suspendu aux actes. Et comme le dit un proverbe congolais : « La parole ne fait pas le feu, c’est le bois qui brûle. » Alors, du bois, maintenant. Beaucoup de bois.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: actu30.cd
