Le virus Bundibugyo, une souche d’Ebola moins connue mais tout aussi redoutable, a plongé la province de l’Ituri dans une nouvelle urgence sanitaire depuis la mi-mai. Pourtant, derrière les chiffres et les mesures de confinement, un message d’espoir émerge de la visite éclair du docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus à Bunia, épicentre de l’épidémie. Car cette souche, contrairement à sa cousine Zaïre qui a ravagé l’Afrique de l’Ouest, présente une particularité : la survie est possible avec des soins médicaux appropriés. Alors, comment le monde peut-il transformer cette crise en une victoire ?
L’arrivée du directeur général de l’Organisation mondiale de la santé sur le sol congolais ne relève pas du hasard. Alors que l’épidémie Ebola Bundibugyo fait planer l’inquiétude sur Bunia et les zones environnantes, Tedros a tenu à incarner la solidarité internationale. « Les populations de l’Ituri méritent de savoir qu’elles ne sont pas seules », a-t-il martelé lors d’une conférence de presse après avoir rencontré le gouverneur militaire Johnny Luboya Nkashama, ainsi que les ministres de la Santé, Roger Kamba, et de la Communication, Patrick Muyaya. Cette mobilisation coordonnée entre le gouvernement congolais, l’OMS Ituri et les partenaires comme la Croix-Rouge, l’UNICEF ou Africa CDC vise à éviter les erreurs du passé : une riposte fragmentée qui laisse le virus gagner du terrain.
Mais que sait-on vraiment de ce virus Bundibugyo ? Identifié pour la première fois en 2007 en Ouganda, il appartient à la famille des filovirus, responsables de fièvres hémorragiques souvent mortelles. Ses symptômes – fièvre, vomissements, diarrhées et parfois saignements – ressemblent à ceux d’autres souches, mais avec un taux de létalité historiquement plus bas, autour de 25 à 35 %. Un chiffre qui peut grimper si la prise en charge est tardive. C’est là que le message du docteur Tedros prend tout son sens : « Le virus Bundibugyo peut être survécu », a-t-il rappelé, insistant sur la nécessité de consulter rapidement. En RDC, où l’accès aux structures de santé reste un défi dans les zones reculées, cette information est capitale. Car sans vaccin ni traitement approuvé à ce jour, les soins de support – réhydratation, stabilisation et lutte contre les symptômes – restent la principale arme des équipes de riposte Ebola Ituri.
Pourtant, une ombre plane sur cette lutte : les restrictions de voyage et les fermetures de frontières imposées par certains pays. À l’instar de ce qui s’était produit lors des précédentes épidémies, ces mesures « découragent la transparence qui sauve des vies », a dénoncé Tedros. En isolant les communautés, elles entravent l’acheminement du matériel médical et nourrissent la méfiance. Une méfiance que le chef de l’OMS compte justement combattre par une approche inédite : l’écoute. « Nous ne sommes pas là pour dire aux gens ce qu’il faut faire. Nous sommes là pour écouter », a-t-il martelé. Un changement de posture qui pourrait être la clé pour enrayer la défiance envers les équipes sanitaires, souvent perçues comme des vecteurs de contrainte.
Et si la stratégie fonctionnait ? La RDC n’en est pas à son premier rodéo. Il s’agit de la dix-septième épidémie d’Ebola sur son territoire, et toutes les précédentes ont été maîtrisées. « Cette histoire me donne une vraie confiance », a confié Tedros, rappelant les succès acquis grâce aux acquis scientifiques et à l’engagement communautaire. Pour renforcer cette dynamique, des essais cliniques sont en cours pour développer vaccins et traitements spécifiques contre le virus Bundibugyo. En attendant, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka s’est engagée à ce que les investissements réalisés pendant cette riposte servent à consolider le système de santé congolais sur le long terme.
Alors, que retenir ? Le virus Bundibugyo n’est pas une fatalité. La clé réside dans l’adhésion des populations : signaler les symptômes sans délai, faire confiance aux soignants et respecter les gestes barrières. L’OMS en Ituri et les autorités congolaises promettent une transparence totale. L’arme secrète, finalement, n’est autre qu’un dialogue authentique. Et si cette dix-septième épidémie devenait le modèle d’une riposte humaine et efficace ?
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
