Des herbes sauvages jaillissent des monticules noirâtres qui bordent l’avenue Libération. Un spectacle incongru, presque ironique, sur cette artère vitale de Kinshasa. La boue, résultat du curage des caniveaux, a été abandonnée sur la chaussée, transformant ce tronçon en un véritable parcours du combattant. Entre l’arrêt Landu et la prison centrale de Makala, la circulation est réduite à peau de chagrin, et chaque pluie accentue le calvaire des usagers.
« Les caniveaux ont été curés, mais les déchets retirés ont été laissés sur place. Il devient difficile de circuler normalement sur cette route », confie un riverain, résigné. Le constat est amer : l’opération de curage, censée prévenir les inondations, s’est muée en un cauchemar permanent. La chaussée, rétrécie par ces amas de déchets, oblige piétons et automobilistes à slalomer, avec le risque permanent de chuter dans les caniveaux à ciel ouvert. Une distraction, et c’est la chute assurée dans un cloaque pestilentiel.
La situation est d’autant plus alarmante que Kinshasa, ville de plus de 12 millions d’habitants, s’enfonce dans une crise hygiénique chronique. Ces dépôts de boue, exposés au soleil et à l’humidité, deviennent des nids à germes. « Nous sommes exposés à plusieurs maladies », alerte un habitant du quartier, le visage grave. Les odeurs nauséabondes qui s’en dégagent après chaque averse sont le signe d’une fermentation dangereuse, un cocktail de bactéries et de parasites prêt à contaminer la population. Diarrhées, choléra, typhoïde : la précarité sanitaire guette.
Comment une telle incurie est-elle possible ? La réponse est hélas un classique de la gestion urbaine congolaise : le curage sans évacuation. On creuse, on extrait, puis on laisse pourrir sur place. L’avenue Libération, ex-24 novembre, est un symbole de cette démission. La circulation, poumon économique de la capitale, est asphyxiée par cette boue visqueuse, comme une forêt étouffée par le lierre parasite. Chaque jour qui passe voit l’herbe pousser plus dru sur ces déchets, ultime insulte à la dignité des Kinois.
Les conséquences ne sont pas seulement olfactives ou sanitaires. La mobilité est en berne. Des embouteillages monstres se forment aux heures de pointe, les conducteurs tentant d’éviter le bourbier. Les ambulances, les services de secours ne peuvent plus passer rapidement. Et si un incendie se déclarait dans ce secteur densément peuplé ? Une question rhétorique qui glace le sang. Pendant ce temps, les autorités compétentes semblent regarder ailleurs.
La solution est pourtant simple, et elle tient en un mot : ramassage. Après le curage, les immondices doivent être immédiatement collectées et transportées vers une décharge appropriée. C’est ce que réclament les riverains exaspérés. « Il est nécessaire qu’après les travaux, les immondices soient ramassées et transportées vers un site approprié », martèlent-ils. Un appel au bon sens qui, s’il était entendu, éviterait bien des drames sanitaires à venir. La ville de Kinshasa ne peut plus se permettre de transformer ses avenues en dépotoirs à ciel ouvert. L’heure est à une action rapide, avant que cette marée de boue ne devienne un tombeau à ciel ouvert pour la santé publique.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
