Une lueur d’espoir se profile dans la lutte contre l’épidémie de maladie à virus Ebola Bundibugyo qui sévit en République démocratique du Congo et en Ouganda. Selon une étude préliminaire publiée le 22 mai 2025, les vaccins existants contre l’Ebola Zaïre pourraient offrir une protection partielle contre cette souche moins connue. Conduite par l’équipe PREVAC, cette recherche analyse les réponses immunitaires de 179 participants ayant reçu soit l’Ervebo, soit le régime à deux doses Zabdeno-Mvabea, lors d’un essai clinique mené en Afrique de l’Ouest entre 2017 et 2022.
Le virus Bundibugyo, responsable de l’épidémie actuelle, est un cousin du tristement célèbre Ebola Zaïre. Apparu pour la première fois en Ouganda en 2007, il provoque des fièvres hémorragiques avec un taux de létalité avoisinant les 21 %, selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au 25 mai 2025. À ce jour, aucun vaccin ni traitement spécifique n’a été homologué contre la souche Bundibugyo, laissant les équipes médicales démunies face à une urgence sanitaire déclarée de portée internationale depuis le 16 mai.
Que révèle exactement cette étude PREVAC ? Les chercheurs ont mesuré, dans les échantillons sanguins des vaccinés, le niveau d’anticorps capables de reconnaître le virus Bundibugyo. Résultat : les deux vaccins induisent bien des anticorps détectables, mais avec une intensité nettement plus faible que contre la souche Zaïre. Imaginez une clé conçue pour ouvrir une serrure bien précise (le virus Zaïre) : elle peut tourner dans une autre serrure (le Bundibugyo), mais avec une force six fois moindre. Dans le groupe ayant reçu l’Ervebo à dose unique, la réponse médiane contre Bundibugyo était environ six fois plus basse qu’envers la souche de référence Zaïre-Kikwit, vingt-huit jours après la vaccination.
Cette différence ne signifie pas pour autant que les vaccins sont inefficaces. « Il n’existe pas de corrélat immunologique validé permettant de traduire ces niveaux d’anticorps en protection clinique réelle », rappellent les auteurs. En clair, on ignore quel seuil d’anticorps garantit une immunité. Les scientifiques insistent : ils ne peuvent pas évaluer directement l’efficacité de ces vaccins contre la maladie à Bundibugyo. Mais les données, disent-ils, « soutiennent la plausibilité d’une immunité hétérologue partielle ». Autrement dit, une certaine protection croisée est envisageable.
Pourquoi est-ce une nouvelle importante ? Parce qu’en l’absence d’outils préventifs spécifiques, chaque piste compte. L’épidémie en cours a déjà causé 861 cas confirmés, et les équipes sur le terrain doivent composer avec des moyens limités. Si les vaccins anti-Ebola Zaïre peuvent atténuer la sévérité de la maladie à Bundibugyo, leur déploiement dans les zones touchées pourrait sauver des vies. Cette hypothèse reste toutefois à confirmer par des études prospectives, que les auteurs appellent de leurs vœux « de toute urgence ».
La prudence est donc de mise. Les résultats, non encore évalués par des pairs, reposent sur des données de laboratoire et non sur des observations cliniques directes. Comme le souligne le Pr Yves Levy, co-coordinateur de l’étude avec le Dr Edouard Lhomme, il faut urgemment tester ces vaccins dans le contexte réel de l’épidémie en RDC et en Ouganda. Le débat rappelle celui qui a entouré l’utilisation de vaccins contre d’autres souches d’Ebola lors de flambées antérieures, où l’urgence sanitaire a parfois conduit à des décisions pragmatiques.
En attendant des réponses définitives, cette étude PREVAC apporte une lueur d’espoir et souligne la résilience de la science face aux virus émergents. Elle nous rappelle aussi une leçon essentielle : dans la lutte contre les épidémies, chaque connaissance, même partielle, peut faire la différence entre la vie et la mort. Pour les populations congolaises et ougandaises, l’enjeu est immense. Alors que l’OMS et les autorités sanitaires intensifient la riposte, une évaluation rigoureuse de la protection partielle offerte par les vaccins existants devient une priorité absolue.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
