La ville de Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, est devenue le point focal d’une mobilisation sanitaire intense depuis la déclaration d’une nouvelle épidémie de la maladie à virus Ebola le 15 mai dernier. Face à cette urgence, la riposte s’organise sur le terrain, combinant interventions locales et soutien international, dans un contexte déjà fragilisé par l’insécurité liée aux groupes armés.
Une double menace pour l’Ituri
Le gouverneur militaire de l’Ituri, le général Johnny Luboya, a qualifié la situation de « guerre dans la guerre », soulignant que la province doit simultanément faire face à l’activisme des groupes armés et à la propagation du virus. Cette double pression complique la réponse sanitaire, mais les autorités misent sur une approche intégrée. « Nous avons d’abord un des centres de santé. Nous avons aussi les partenaires qui sont venus nous aider. Et aussi, il faut surtout les communautés, parler avec les communautés, les sensibiliser pour qu’ils comprennent de quoi il s’agit », a-t-il expliqué.
Des structures de soins en première ligne
Au Centre médical évangélique (CME) de Nyakunde, où un médecin américain a été contaminé au début de l’épidémie, l’activité reprend progressivement après une semaine d’arrêt. Une soignante a décrit le travail de désinfection en cours : « Pour le moment, nous sommes là pour désinfecter notre hôpital parce que ça fait une semaine qu’on a arrêté le travail à cause d’Ebola. » La méfiance d’une partie de la population reste un défi, comme en témoigne cette même soignante : « Les gens ont peur parce qu’on a eu des cas d’Ebola et il y a eu de nombreux décès. »
Un centre de traitement opérationnel depuis moins d’une semaine
À proximité du CME, un centre de traitement Ebola a été installé et est fonctionnel depuis moins d’une semaine. D’une capacité de 50 lits répartis sur deux étages, il accueille les cas suspects à l’étage supérieur et les cas confirmés au rez-de-chaussée. Mikael Di Marco, logisticien du centre, a précisé que « nous avons actuellement 27 ou 28 patients, mais ces chiffres évoluent chaque jour ». La confirmation d’un cas prend actuellement entre deux et trois jours, un délai que les équipes tentent de réduire en décentralisant les laboratoires. La docteure Marie Rosaline Belizaire, directrice régionale de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a indiqué qu’« ici, on a au moins 30 personnes qui travaillent, parce qu’il faut au moins 3 vacations par jour », sans compter le personnel de soutien logistique. L’infrastructure n’est pas encore achevée : 18 lits supplémentaires et une crèche pour les enfants des malades sont prévus.
L’Union européenne renforce son appui
Lors d’une visite à Bunia le dimanche 7 juin, la commissaire européenne à l’Égalité, Hadja Lahbib, a annoncé une aide supplémentaire de 5 millions d’euros, venant s’ajouter aux 15 millions déjà décaissés pour l’aide humanitaire. Ces fonds doivent soutenir le déploiement de centres de diagnostics dans les zones touchées. L’Union européenne a également mis en place un pont aérien qui a livré près de 100 tonnes de matériel à Bunia ces derniers jours. « Plutôt que de parler d’isolement, de fermeture et de repli sur soi. Aller sur place, montrer sa solidarité, non seulement par le matériel qu’on envoie, par l’argent qu’on débloque d’urgence, mais aussi par une présence. Ça a un impact. Tout d’abord, ça crée de la confiance », a déclaré Hadja Lahbib, insistant sur l’importance des gestes barrières pour se prémunir du virus. La commissaire a également visité le centre de traitement de Rwampara, en plus de celui de Nyakunde, pour évaluer la prise en charge des malades.
La riposte contre Ebola en Ituri illustre la nécessité d’une réponse coordonnée entre autorités locales, partenaires internationaux et communautés. La vigilance sanitaire est visible dès l’aéroport de Bunia, où des mesures de désinfection des mains et de prise de température sont systématiques, accompagnées de messages de prévention. L’objectif, selon les acteurs engagés, est de contenir rapidement cette dix-septième épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo.
Article Ecrit par Amissi G
Sources: mediacongo.net, radiookapi.net
