À chaque aube qui se lève sur les camps de déplacés de l’Ituri, une question brûle les lèvres : survivront-ils jusqu’au soir ? Dans cette province orientale de la République démocratique du Congo, ravagée par les violences armées, la réponse tient en trois lettres : MONUSCO. Alors que le monde célébrait récemment la Journée internationale des Casques bleus, des milliers de voix se sont élevées des sites de Djugu pour témoigner d’une réalité brutale : sans les casques bleus, le pire serait déjà advenu.
« La MONUSCO nous protège jour et nuit. Grâce à elle, nous les déplacés, sommes encore en vie. » Ces mots, répétés par de nombreux civils abrités dans les camps de Lodha, Djaiba, Plaine Savo, Rhoe et Bayo, résument un sentiment de dépendance vitale. Depuis 2017, début du cycle de violences qui ensanglante la région, la Force de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en RDC assure la protection de centaines de milliers de déplacés internes. Une mission de l’extrême, menée sous la menace constante des groupes armés de l’Ituri.
Chaque jour, les patrouilles des casques bleus sillonnent ces zones d’insécurité. Leur objectif : dissuader les attaques et prévenir les tueries qui déciment les communautés. Selon les responsables des sites, cette présence dissuasive a permis d’éviter d’innombrables pertes en vies humaines. « Nous voyons leurs véhicules blindés passer, et cela nous rassure », confie un déplacé du site de Lodha, préférant taire son nom par peur des représailles.
Mais la protection ne s’arrête pas aux périmètres des camps. Les casques bleus en Ituri ont étendu leur action aux axes vitaux pour la survie des populations. Ils sécurisent les routes de desserte agricole, permettant aux déplacés d’accéder à leurs champs sans craindre les embuscades. Une intervention cruciale dans une région où la famine guette, car sans ces terres, les déplacés resteraient prisonniers de la faim. La Route nationale 27, artère stratégique de la province, bénéficie également de leur vigilance : contre les embuscades tendues par des groupes armés, ils assurent la libre circulation des personnes et des biens.
L’administrateur du territoire de Djugu, Ruphin Makpela, ne mâche pas ses mots : « Le rôle joué par les casques bleus reste indispensable dans cette partie de l’Ituri. » De son côté, le général David Mushimba, commandant de la 32ᵉ région militaire, souligne l’appui opérationnel apporté aux Forces armées de la RDC (FARDC). Les soldats de la paix participent aux opérations de traque des groupes armés actifs à Djugu et Irumu, et forment les militaires engagés en première ligne. Cette coopération illustre un partenariat sécuritaire où chaque acteur se révèle complémentaire.
Pourtant, malgré ces efforts, la sécurité de Djugu reste fragile. Les groupes armés de l’Ituri, multiples et insaisissables, continuent de menacer les civils. C’est pourquoi des voix s’élèvent pour réclamer un élargissement de la présence onusienne. Le chef coutumier de Walendu Pitsi, entre autres, a plaidé pour un déploiement des casques bleus dans sa collectivité, dans l’espoir d’étendre le bouclier protecteur. Une demande qui résonne comme un aveu : la MONUSCO, pourtant critiquée ailleurs, demeure ici le dernier rempart contre l’abîme.
La situation des déplacés en Ituri est un miroir tendu à la communauté internationale. Alors que les Casques bleus poursuivent leur mission sous-financée et sous-médiatisée, les témoignages de reconnaissance se multiplient. « Sans eux, nous serions tous morts », martèle une mère de famille du site de Djaiba. Des mots qui pèsent lourd, à l’heure où le Conseil de sécurité des Nations unies évalue régulièrement le mandat de la force. À Djugu, la question n’est pas de savoir si la MONUSCO doit rester, mais comment renforcer cette protection des déplacés pour que l’espoir ne meure pas.
En conclusion, la protection des déplacés par la MONUSCO n’est pas une option, mais une nécessité vitale. Les patrouilles, le déploiement adapté, et le soutien aux FARDC constituent le socle d’une sécurité incertaine mais réelle. Dans l’attente d’une paix durable, ces soldats de la paix incarnent la dernière digue face aux groupes armés qui écument la région. Et tandis que le soleil se couche sur les camps de Djugu, une certitude demeure : tant que les casques bleus seront là, la vie continuera de battre.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
