À Kinshasa, les trottoirs envahis par les véhicules sont devenus un danger mortel pour les piétons. La question n’est plus de savoir si l’on peut marcher tranquillement, mais si l’on en ressortira indemne. Les étroits rubans de béton censés protéger se muent en pièges mortels, où voitures, bus et motos imposent une cohabitation chaotique. Cette insécurité routière à Kinshasa a désormais un visage : celui d’une loterie macabre, chaque pas pouvant être le dernier.
« Il faut marcher en regardant dans toutes les directions. Sinon, à la moindre distraction, on se fait érafler soit par une moto, soit par un bus ou un taxi », confie un habitant de l’avenue Colonel Mondjiba, le regard fatigué. Ici, les trottoirs envahis ne sont plus l’exception, mais la règle. Chaque jour, des milliers de Kinois se risquent sur ces espaces autrefois dédiés à leur sécurité, aujourd’hui transformés en voies rapides pour des chauffeurs pressés et sans scrupules.
Sur le boulevard du 30 Juin, artère emblématique, le constat est tout aussi amer. « Les gens n’ont pas l’habitude de respecter les règles de circulation. Une fois arrivé sur le boulevard pour traverser, je ne savais même pas où mettre les pieds », témoigne un autre piéton, encore sous le choc d’une traversée périlleuse. Les passages piétons deviennent des mirages, les feux tricolores de simples décorations. Le danger pour les piétons à Kinshasa s’ancre dans le quotidien, banalisé par l’absence de sanctions.
Les véhicules de transport en commun sont les premiers coupables. Pour échapper aux embouteillages qui étouffent la circulation chaotique de Kinshasa, bus et taxis bondissent sur les trottoirs. Klaxons hurlants, accélérations brutales, manœuvres dangereuses : les passants se collent aux murs, le cœur battant. « Un jour, un bus m’a frôlé de si près que j’ai senti le souffle du pot d’échappement sur ma jambe », raconte une mère de famille. Dans cette anarchie, les taximen motos ne sont pas en reste : ils slaloment entre les corps, klaxonnent sans répit, transforment une simple marche en slalom de la peur.
Cette invasion des trottoirs par les véhicules, véritable plaie de la circulation en RDC, soulève une question lancinante : à qui la faute ? Aux chauffards, certes, mais aussi aux autorités qui ferment les yeux. « Le gouvernement doit assurer un suivi constant pour faire respecter les règles », plaide une passante excédée. L’absence de régulation, de police routière dissuasive, de campagnes de sensibilisation pérennise cette insécurité routière à Kinshasa. Chaque jour, des vies sont mises en danger, des accidents évités de justesse, des existences brisées sur un simple trottoir.
Marcher dans Kinshasa est devenu un acte de résistance, un combat silencieux pour sa propre survie. Les piétons, souvent les plus démunis – enfants en uniforme, vendeurs ambulants, mamans chargées –, sont les sacrifiés d’un système qui tourne le dos à la sécurité élémentaire. Jusqu’à quand ce calvaire urbain sera-t-il toléré ? La capitale congolaise mérite-t-elle ce chaos permanent ? Il est temps que les trottoirs de Kinshasa redeviennent des espaces de vie, et non des scènes à haut risque. La dignité des piétons en dépend, et, trop souvent, leur vie.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
