À l’aube d’un matin ensoleillé, les klaxons se font plus discrets à l’intersection du boulevard Joseph Kabila et de l’avenue du 4 Janvier. Ici, au cœur de Kindu, c’est un spectacle inhabituel qui attire les sourires : une bande de bitume fraîchement posée, libérée des gravats, serpente désormais sous les pieds des passants et les roues des motos-taxis. « Avant, ce croisement, c’était notre cauchemar quotidien », confie Michel, chauffeur de moto depuis plus de huit ans. « Pour aller de la gare à la Banque centrale, je faisais un détour d’enfer, parfois 30 minutes pour un trajet de 5 minutes. Maintenant, en une poignée de minutes, je franchis l’obstacle. »
Ce soupir de soulagement n’est pas isolé. Dans la province du Maniema, la réhabilitation de la place SONAHYDROC, longtemps abandonnée, devient le symbole d’une circulation Kindu revivifiée. Les travaux, menés par l’Office de voirie et drainage (OVD Kindu), touchent à leur fin après des mois d’attente et de désagréments. L’axe routier reliant les artères vitales de la ville retrouve progressivement sa fluidité, ravivant des espoirs que la poussière et les nids-de-poule semblaient avoir engloutis.
Pour comprendre l’ampleur du changement, il faut arpenter les rues de cette cité du centre-est congolais. La place SONAHYDROC n’est pas un simple carrefour ; c’est le poumon urbain d’où l’on accède à l’hôpital général de référence, à la gare centrale, à l’auditorat, à l’OCC et à la Banque centrale du Congo. Pendant des années, la chaussée défoncée et coupée en deux par des travaux inachevés obligeait les usagers à un véritable parcours du combattant. « Contourner par la route menant vers la SNCC, passer par la CARITAS ou la CADECO, c’était un détour interminable qui épuisait nos moteurs et notre patience », explique un autre motocycliste. Le chaos était tel que certains préféraient renoncer à se déplacer.
Dans le cadre des Maniema travaux engagés dans la ville, la réhabilitation de la place SONAHYDROC Kindu a atteint, selon le directeur provincial de l’OVD, Ghislain Mugalu, plus de 70 % d’exécution. « Nous faisons face à des défis matériels, mais nous ne baissons pas les bras », martèle-t-il, tout en promettant de remettre la chaussée dans son état originel. Une détermination qui résonne comme un baume au cœur des habitants.
Du côté des responsables de la station-service qui porte le nom du carrefour, l’optimisme renaît. « Depuis que l’OVD a repris les travaux, la circulation s’améliore visiblement. Une bande du boulevard est déjà praticable, et l’avenue du 4 Janvier, autrefois coupée, est désormais reliée. Cela nous donne l’espoir que, dans les prochains jours, nos activités pourront reprendre normalement », confie un responsable, le visage illuminé. Cette réhabilitation place de l’espoir au centre d’une activité économique paralysée : la station-service, point névralgique pour les transporteurs, pourra bientôt relancer son trafic.
Mais derrière les sourires, une question taraude : cette embellie sera-t-elle durable ? À Kindu, les infrastructures ont trop souvent été victimes d’un manque d’entretien chronique. Les nids-de-poule et les bourbiers semblent renaître à la première averse. Pourtant, pour une ville de plus de 600 000 âmes, le bon état des voies est une condition sine qua non de la vie économique et sociale. Comment imaginer que des malades puissent atteindre l’hôpital en urgence sans un réseau routier fonctionnel ? Comment espérer que des investisseurs s’installent dans une cité enclavée par ses propres rues ?
Le témoignage des usagers révèle bien plus qu’un simple confort de déplacement : il s’agit d’une reconquête de dignité. « Ce n’est plus la honte de voir nos routes nous ridiculiser », lance une commerçante installée près du carrefour. La circulation Kindu redevient fluide, et avec elle, le lien social se restaure. Les enfants vont à l’école sans arriver crottés, les marchandises circulent plus vite, et le sentiment d’être abandonné par les autorités s’estompe peu à peu.
Alors que les travaux entrent dans leur dernière ligne droite, la population de Kindu retient son souffle. L’OVD assure que les défis matériels ne freineront pas l’élan. Reste à espérer que cette réhabilitation ne soit pas un simple feu de paille, mais le premier pas d’une politique d’entretien pérenne. Car au fond, le bitume neuf de la place SONAHYDROC raconte une vérité universelle : une route, c’est bien plus qu’une surface – c’est une artère où bat le cœur d’une cité.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
