Le 11 mai, Uvira, chef-lieu provisoire du Sud-Kivu, a vibré au son d’une prédication inhabituelle. L’archevêque Ejiba Yamapia, président de l’Église de Réveil du Congo, s’est adressé à plus de 1 000 fidèles. Mais son message dépassait le spirituel : il a affirmé que les Congolais de la région attendent le changement de la Constitution « comme une sorte de salut ». Une déclaration qui illustre la perméabilité croissante entre chaire et tribune politique.
Selon lui, l’actuelle loi fondamentale de 2006 entraverait le développement promis par les récents accords avec les États-Unis. « Avec la Constitution actuelle, ça va poser énormément de problèmes », a-t-il lancé, fort d’un discours rodé lors d’un culte en présence du président Félix Tshisekedi. Pour cet homme d’Église, l’opposition au projet de référendum n’est que marginale. Un épiphénomène vite balayé par sa rhétorique. À la tête d’un forum de pasteurs acquis à la cause, Ejiba Yamapia appelle désormais le « peuple de Dieu » à se mobiliser en faveur du vote.
Cette instrumentalisation du religieux dans le débat sur le changement constitutionnel RDC soulève des interrogations. La proposition de loi organisant le référendum en RDC est encore en examen au Parlement, mais déjà les églises de réveil Congo se transforment en antichambres de campagne. La province du Sud-Kivu, particulièrement éprouvée par les violences des groupes armés, devient-elle un laboratoire où l’espoir d’un « salut » séculier est savamment entretenu ? La frontière entre prêche et meeting électoral s’amenuise dangereusement.
Historiquement, la Constitution de 2006, issue d’un compromis post-conflit, visait à stabiliser les institutions. Aujourd’hui, le régime de Kinshasa la présente comme un frein au développement économique. Mais les détracteurs redoutent un passage en force, sous couvert d’une onction divine opportunément convoquée. Le débat ne se limite pas aux arcanes politiques : il infiltre les temples pentecôtistes, où la parole pastorale devient argument électoral.
Alors que les fidèles sont invités à « se tenir prêts à voter », le rôle d’Ejiba Yamapia pose une question essentielle : l’Église de Réveil du Congo peut-elle dicter le temps politique sans perdre son âme prophétique ? Le référendum qui s’annonce sera un test, non seulement pour la démocratie congolaise, mais aussi pour la sincérité du message évangélique dans un pays en quête de rédemption. Un salut promis sur terre, mais dont les dividendes risquent de rester bien terrestres.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
