La salle feutrée du siège de l’UNESCO à Paris a vibré au rythme d’une déclaration qui dépasse les simples discours protocolaires. À l’ouverture de la Semaine africaine de l’UNESCO, la ministre d’État en charge de l’Éducation nationale, Raïssa Malu, a posé un jalon inédit : l’éducation environnementale RDC n’est plus une option pédagogique, mais une priorité stratégique nationale éducation. Un virage majeur pour un pays qui abrite l’un des poumons verts de la planète et plus de la moitié des réserves d’eau douce de surface du continent.
« Notre pays détient environ 52 % des réserves d’eau douce de surface de l’Afrique. Cette richesse est une chance, mais surtout une responsabilité continentale et mondiale », a martelé la ministre. Une statistique vertigineuse qui ancre la République démocratique du Congo au cœur des équilibres climatiques, mais soulève une question brûlante : comment transformer ce trésor naturel en levier de développement durable sans y associer les premiers concernés, les élèves ?
La réponse esquissée par Raïssa Malu à l’UNESCO tient en un programme : la Nouvelle Citoyenneté. L’ambition est claire, presque radicale dans sa simplicité : faire de l’eau un objet d’apprentissage quotidien, de la maternelle au secondaire. Sciences, géographie, instruction civique… Chaque discipline est appelée à intégrer la connaissance et la protection de la ressource hydrique. L’accès à l’eau potable RDC n’est plus seulement un défi d’infrastructures ; il devient une compétence citoyenne à acquérir sur les bancs de l’école.
« Chaque école doit devenir un espace de santé, de dignité, de science et de citoyenneté environnementale », a déclaré la ministre. Derrière la formule, une refonte silencieuse des programmes se profile. L’élève n’est plus un simple récipiendaire de savoirs, mais un acteur formé à comprendre, protéger et même réclamer son droit à l’eau potable et à l’assainissement. Un renversement de perspective qui vise à enraciner la conscience écologique dès le plus jeune âge, là où les mauvaises habitudes n’ont pas encore pris racine.
Cette vision holistique ne s’arrête pas aux portes de l’établissement scolaire. Dans un pays où les conflits d’usage autour des ressources naturelles attisent parfois les tensions, l’école est présentée comme un lieu de pacification. « Dans notre contexte, les ressources naturelles peuvent être des facteurs de tensions si elles sont mal gouvernées, mais elles peuvent aussi devenir des leviers de solidarité et de paix durable », a souligné Raïssa Malu. Le bassin du Congo éducation prend ici tout son sens : partagé avec plusieurs pays voisins, il impose une hydro-diplomatie que la jeune génération doit incarner. Et si les futurs accords sur l’eau étaient d’abord scellés dans les classes de Kinshasa, Kisangani ou Goma ?
L’initiative congolaise s’insère dans un cadre plus large, celui d’une prise de conscience continentale. La Semaine africaine de l’UNESCO devient ainsi la caisse de résonance d’une politique autant éducative que stratégique. En misant sur la priorité stratégique nationale éducation, le gouvernement affirme que l’avenir de l’eau, du climat et de la paix se joue en grande partie sur les tableaux noirs. La formule de la ministre résonne comme un manifeste : « L’eau est notre patrimoine, l’école est notre levier, la jeunesse est notre force ; la Nouvelle Citoyenneté est notre méthode. »
Reste à traduire cette rhétorique ambitieuse en actes concrets dans un système éducatif aux moyens limités. La réussite de ce pari dépendra de la capacité à former les enseignants, à équiper les écoles en points d’eau, et à intégrer ces compétences dans les évaluations nationales. Le chantier est immense, mais l’urgence hydrique et climatique ne laisse guère le choix. En érigeant l’école en premier rempart contre la crise de l’eau, la RDC fait le pari que les leçons d’aujourd’hui sauveront les rivières de demain.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
