Alors qu’une nouvelle flambée d’Ebola sème l’inquiétude dans la province de l’Ituri, l’annonce est tombée comme un signal d’espoir pour la santé publique en RDC et sur le continent. Le professeur Jean-Jacques Muyembe, co-découvreur du virus en 1976, a été nommé conseiller spécial du directeur général d’Africa CDC, l’agence de santé publique de l’Union africaine. Une décision officialisée ce mardi 19 mai par le DG Jean Kaseya, lui-même congolais, lors d’un point de presse à Kinshasa.
Peut-on rêver meilleur stratège pour affronter une épidémie d’Ebola que l’homme qui a dédié sa vie à la comprendre ? La nomination du Professeur Muyembe à ce poste clé intervient alors que l’Ituri, région éprouvée par des défis sécuritaires et logistiques, se débat contre ce virus tant redouté. Avec sa nomination, Africa CDC ne fait pas seulement appel à un chercheur chevronné ; elle mobilise une véritable légende vivante de la lutte contre les maladies infectieuses.
Pour saisir la portée de cette nomination, il faut rappeler qui est Jean-Jacques Muyembe. En 1976, aux côtés de l’équipe du microbiologiste belge Peter Piot, il participe à la toute première identification du virus Ebola, le long de la rivière éponyme, dans l’ancien Zaïre. Depuis, il n’a jamais quitté le front, devenant directeur général de l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB) de la RDC, véritable tour de contrôle des crises sanitaires dans le pays. Son expertise ne se limite pas à Ebola : de la mpox (variole du singe) aux fièvres hémorragiques, il a formé des générations de chercheurs congolais et dirigé des réponses aux épidémies qui ont fait trembler le monde.
Mais pourquoi créer un poste de conseiller spécial à Africa CDC maintenant ? L’agence, basée à Addis-Abeba, est encore jeune mais ambitionne de coordonner les réponses sanitaires du continent, à l’image des CDC américains. En pleine épidémie en Ituri, la RDC a besoin d’un leadership scientifique fort pour éviter la propagation. Le docteur Muyembe ne se contentera pas d’un rôle protocolaire : son passeport diplomatique de l’Union africaine, qu’il doit récupérer dès demain dans la capitale éthiopienne, symbolise l’autorité et la liberté d’action qui lui sont conférées. Imaginez un pompier de génie équipé d’un uniforme continental, prêt à se déployer là où le feu couve.
Sur le terrain, l’épidémie d’Ebola en Ituri réactive des souvenirs douloureux. Le virus, qui se transmet par contact direct avec les fluides corporels, provoque une fièvre hémorragique foudroyante, avec un taux de létalité pouvant atteindre 90 % en l’absence de soins. Comme une traînée de poudre dans une poudrière, il peut se propager rapidement si les mesures de surveillance, de vaccination en anneau et de sensibilisation communautaire ne sont pas appliquées avec rigueur. Or, la région est marquée par des conflits armés qui entravent l’accès humanitaire. Dans ce contexte, disposer d’une sommité comme Muyembe au cœur du dispositif continental change la donne : il connaît les pièges du virus comme personne et parle le langage des communautés locales.
Cette nomination soulève une question légitime : l’Afrique peut-elle enfin prendre en main sa sécurité sanitaire sans dépendre exclusivement des experts étrangers ? Avec le professeur Muyembe à Africa CDC, le continent honore ses propres héros et capitalise sur des décennies d’expérience locales. Pour les familles de l’Ituri qui redoutent la fièvre, les saignements et la stigmatisation, cette décision sonne comme un engagement concret. Reste que la lutte contre Ebola est une course contre la montre qui exige des moyens, de la coordination et une confiance populaire. Un conseiller spécial, aussi brillant soit-il, ne remplace pas les infrastructures de santé, mais il peut orienter les stratégies et galvaniser les équipes.
En définitive, la nomination de Jean-Jacques Muyembe est bien plus qu’une simple manœuvre diplomatique : c’est un message fort adressé au virus Ebola. Après cinquante ans de combat, l’Afrique refuse de céder. La santé publique de la RDC, si souvent mise à rude épreuve, trouve en cet homme un défenseur de poids sur l’échiquier continental. Si l’épidémie en Ituri est loin d’être vaincue, le renfort de ce géant de la science donne une raison d’espérer. Il ne tient qu’aux autorités, aux partenaires et aux populations de transformer cet atout en victoire.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
