En ce dimanche 17 mai 2026, la République démocratique du Congo a célébré la journée nationale FARDC dans une atmosphère lourde de menaces. Les canons tonnent toujours dans l’Est, où l’agression du Rwanda via la rébellion AFC/M23 ébranle les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Pourtant, Kinshasa a tenu à honorer ses héros. La cérémonie FARDC 2026 s’est déroulée au mémorial soldat congolais, ce lieu de mémoire fiché au cœur de la capitale.
Dès les premières heures, les honneurs militaires ont accueilli le vice-premier ministre, ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants, Guy Kabombo Muadiamvita. Sa silhouette austère s’est découpée devant l’imposant monument du rond-point FORESCOM, dans la commune de la Gombe. Face aux stèles chargées de noms, que retenir, sinon le prix vertigineux payé pour l’unité nationale ? La cérémonie a débuté par un office œcuménique, cadre de recueillement pour les soldats tombés au champ d’honneur et pour ceux qui, aujourd’hui encore, portent l’uniforme au péril de leur vie.
Placée sous le thème franc et combatif « Ensemble pour la victoire des FARDC », cette journée a été rythmée par les messages des aumôniers militaires. Leurs voix ont martelé l’obéissance au commandement suprême, l’unité nationale et le soutien indéfectible à la vision du Chef de l’État. Dans l’assistance, l’émotion était palpable. Comment ne pas mesurer la gravité du moment quand les troupes loyalistes font face, à des milliers de kilomètres, à une guerre d’usure imposée par l’AFC/M23 ?
Prenant la parole avec la solennité que commande sa fonction, Guy Kabombo Muadiamvita n’a pas masqué l’urgence de renforcer les FARDC et la Police nationale congolaise. « On ne peut pas sauver un pays et garantir la sécurité de nos concitoyens si l’armée et la police ne sont pas mises au premier banc », a tonné le patron de la Défense. Puis, avec une insistance inédite, il a plaidé pour l’enseignement obligatoire du patriotisme dès l’école primaire, une phrase qui résonne comme un aveu de la fragilité du vivre-ensemble. La déclaration, captée par plusieurs témoins, assène une vérité brutale : la souveraineté de la RDC se joue aussi dans les salles de classe.
Le clou de la cérémonie fut sans conteste le dépôt de gerbes de fleurs. Sous les notes vibrantes de l’hymne national, le vice-premier ministre s’est incliné devant le mémorial soldat congolais, déposant une gerbe au nom du Commandant suprême des FARDC, Félix Antoine Tshisekedi. Le geste, sobre, était un hommage aux héros anonymes sacrifiés pour la République. Le chef d’état-major général, le lieutenant-général Jules Banza Mwilambwe, suivi d’un cortège de hauts gradés des FARDC et de la Police nationale, ont à leur tour accompli ce rituel poignant. Chaque fleur déposée semblait sceller un pacte entre les vivants et les morts.
Au-delà du protocole, cette édition 2026 de la journée nationale FARDC prend la dimension d’une communion nationale. Pendant qu’à Kinshasa, l’on se recueille, à l’Est, les forces loyalistes continuent de repousser les assauts de l’AFC/M23. L’opinion publique, durement éprouvée par deux décennies de cycles de violence, trouve dans ce mémorial une raison d’espérer. Mais jusqu’à quand faudra-t-il compter les cercueils ?
L’histoire rappelle que le 17 mai est une date charnière. En 1997, l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila, appuyée par le Rwanda et l’Ouganda, mettait fin à 32 années de mobutisme. Vingt-neuf ans plus tard, jour pour jour, la RDC célèbre une armée nationale héritière de ce mouvement de « révolution », selon les termes officiels. Depuis 2019 et l’avènement de Félix Tshisekedi, le 17 mai est demeuré chômé et payé, comme un point d’ancrage symbolique. Ainsi, le sacrifice des soldats d’hier dialogue avec les combats d’aujourd’hui, faisant du mémorial soldat congolais le réceptacle d’une mémoire vivante et douloureuse.
La cérémonie s’est achevée dans le silence lourd des promesses. Une question flottait, tenace : ce vibrant hommage suffira-t-il à galvaniser les troupes engagées dans l’enfer de l’Est ? La réponse, peut-être, se trouve dans les actes à venir du gouvernement.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
