Le tribunal de grande instance de Bulungu, dans la province du Kwilu, fonctionne au ralenti, avec un seul magistrat pour traiter une soixantaine de dossiers pendants. La prison centrale de Bulungu, elle, déborde de détenus en attente de jugement depuis plus d’une année. Au total, sur 130 prisonniers, seuls six ont été condamnés. Une situation que la société civile qualifie de « catastrophique » et qui met en lumière une violation flagrante des droits humains à Bulungu.
L’absence de magistrats à Bulungu est au cœur du blocage. Le tribunal de paix, compétent pour les infractions pénales mineures, ne siège plus en matière pénale depuis quatre ans. Ainsi, des justiciables poursuivis pour des délits relevant de sa compétence restent enfermés sans perspective de procès. Pire, certains détenus ont déjà comparu devant le tribunal de grande instance sans jamais connaître de décision, leurs dossiers traînant dans un gouffre procédural.
Me Dirigeant Munzende, président de la société civile locale, dénonce une détention prolongée à Bulungu systématique : « Il y a des gens qui ont passé plus d’une année sans être jugés. C’est une situation catastrophique que nous déplorons. L’effectif total est de 130 personnes en détention, parmi lesquelles six condamnées et soixante dont les dossiers sont devant le tribunal de grande instance. D’autres encore sont poursuivies pour des infractions relevant de la compétence du tribunal de paix, qui ne fonctionne plus en matière pénale. Toutes ces personnes attendent d’être jugées. Certaines ont comparu devant le tribunal de grande instance sans jamais connaître leur sort. »
La justice au Kwilu vacille. Le seul magistrat en poste doit gérer l’arriéré de soixante dossiers, une tâche herculéenne qui se heurte à des audiences clairsemées et à l’absence de moyens. La prison centrale de Bulungu illustre cette faillite : elle ne reçoit plus de subvention de l’État depuis trois trimestres — les deux derniers de 2025 et le premier de 2026. Sans financement, les conditions de détention se dégradent, la nourriture manque, et la promiscuité exacerbe les tensions. Comment parler de réinsertion ou même de respect des droits humains à Bulungu dans un tel contexte ?
Les détentions irrégulières se multiplient. Des prévenus croupissent dans l’oubli, souvent pour des faits mineurs. L’absence de magistrats à Bulungu empêche tout contrôle juridictionnel de la légalité des gardes à vue ou des mandats de dépôt. Le code de procédure pénale congolais prévoit pourtant que toute personne arrêtée doit être présentée à un juge dans un délai raisonnable. À Bulungu, ce délai se compte en saisons, voire en années.
Que fait l’État ? La question est lancinante. Le ministère de la Justice avait promis d’affecter des magistrats supplémentaires dans les juridictions rurales, mais aucune nomination n’est intervenue pour le tribunal de grande instance de Bulungu. La prison centrale de Bulungu, elle, reste un angle mort des politiques publiques. Les organisations de défense des droits de l’homme s’inquiètent de la banalisation de ces détentions prolongées à Bulungu, qui portent atteinte aux principes fondamentaux de la République démocratique du Congo.
En attendant un hypothétique renforcement des effectifs judiciaires, la société civile appelle le Conseil supérieur de la magistrature et le gouvernement provincial du Kwilu à agir d’urgence. Le rétablissement de la subvention pénitentiaire et la reprise des audiences pénales au tribunal de paix constituent les premiers pas incontournables. Faute de quoi, la prison centrale de Bulungu continuera d’être une antichambre de l’oubli, où la présomption d’innocence s’éteint derrière les barreaux d’une justice absente.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
