La menace est invisible, mais bien réelle. Alors que l’épidémie d’Ebola se propage dans la province de l’Ituri, transformant cette région en épicentre, les professionnels de santé de Beni (Nord-Kivu) lancent un cri d’alarme. Ils exhortent les usagers de la route, notamment ceux qui empruntent le corridor vital Bunia – Beni – Butembo – Kasindi, à respecter scrupuleusement les mesures de prévention. Car sur cet axe routier, chaque trajet peut devenir une passerelle pour le virus.
À Beni comme à Butembo, le souvenir des précédentes vagues d’Ebola est encore douloureux. Aujourd’hui, la crainte d’une contamination massive ressurgit. Le docteur Jean Baptiste Chiruza Kamungu, intervenant sur place, le martèle : « Nous allons insister pour que la population qui fait des navettes entre Bunia, Beni, Butembo et Kasindi respecte les mesures de distanciation sociale. » Face à une maladie mortelle, chaque geste compte.
Le virus Ebola, pour rappel, se transmet principalement par contact direct avec le sang, les fluides corporels ou la salive d’une personne infectée. Une simple gouttelette projetée lors d’un éternuement ou un contact avec des objets souillés peut suffire. C’est pour cela que le port correct du masque (cache-nez) devient obligatoire, selon les autorités sanitaires. « Cette mesure simple peut contribuer à réduire la transmission », insiste le médecin. En clair, se promener le visage découvert dans une zone à risque, c’est comme naviguer en eau infestée de crocodiles sans gilet de sauvetage.
Mais la prévention ne s’arrête pas au masque. La promiscuité dans les transports en commun est un redoutable accélérateur de contamination. « Dans une voiture avec dix personnes, si l’une est malade, les neuf autres sont exposées », explique le docteur Chiruza Kamungu. C’est pourquoi les professionnels de santé appellent les autorités à limiter le nombre de passagers, y compris sur les motos-taxis. Combien de vies seront sauvées si l’on réduit simplement le nombre de corps entassés dans un véhicule ? La réponse est dans l’expérience des épidémies passées : chaque centimètre de distance gagné est une barrière contre la contamination.
Le lavage des mains à l’eau savonneuse ou, à défaut, avec de la cendre – une pratique ancestrale qui a fait ses preuves en situation de crise – figure aussi au premier rang des recommandations. Ce geste d’apparence anodine est pourtant un bouclier redoutable. En République démocratique du Congo, où l’accès à l’eau potable n’est pas toujours garanti, l’usage de la cendre offre une alternative crédible et immédiate. « Ils doivent régulièrement se laver les mains », rappelle le médecin, en insistant sur la régularité.
La situation est d’autant plus alarmante que les chiffres officiels, dévoilés ce 17 mai par le ministre de la Santé à Bunia, font état de 91 décès et plus de 350 cas confirmés en Ituri. Derrière ces statistiques froides, ce sont des familles décimées, des villages entiers sous tension. L’épidémie d’Ebola n’est pas une abstraction lointaine ; elle frappe ici, chez nous, sur ces routes que des milliers de Congolais empruntent chaque jour pour leurs activités économiques ou familiales.
Alors, que faire ? Chaque usager de la route a un rôle à jouer. Porter un masque correctement, éviter de se serrer dans les véhicules, se laver les mains au départ et à l’arrivée : ces trois piliers de la prévention pourraient faire la différence entre une propagation incontrôlée et un endiguement du virus. Les professionnels de santé de Beni appellent à la responsabilité individuelle et collective. La résistance face à Ebola se gagne avant tout par de petits gestes quotidiens. L’enjeu est clair : protéger la vie, préserver l’avenir de toute une région.
En conclusion, la bataille contre la maladie à virus Ebola en Ituri se joue sur les pistes poussiéreuses reliant Beni à Bunia, sur les motos-taxis bondées, dans les véhicules surchargés. Ignorer les mesures de prévention, c’est ouvrir une autoroute au virus. Les autorités sanitaires le disent sans détour : respecter la distanciation, les règles d’hygiène et le port du masque n’est pas une option, mais une nécessité vitale. Face à cette épidémie, chaque voyageur doit devenir un rempart.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
