À Matadi, ils sont venus par dizaines, diplôme en poche mais l’avenir en berne. Ruth Bake, 28 ans, médecin-dentiste de formation, résume le paradoxe d’une génération : « C’est vrai que je suis dentiste, mais je n’arrive pas à trouver d’emploi dans mon domaine de formation. » Ce cri du cœur, prononcé le vendredi 15 mai 2026 lors d’un forum emploi au Kongo Central, résonne comme le symbole d’un système éducatif déconnecté des réalités du marché.
L’événement, organisé par une structure locale du secteur hôtelier, s’est voulu un pont entre le désespoir des jeunes et les métiers hôtellerie RDC qui recrutent. Dans la salle, des regards oscillent entre espoir et résignation. Combien de talents inexplorés se cachent derrière ces CV que l’on trimballe de porte en porte ? La question traverse l’assemblée quand Wani Narugeta, l’un des organisateurs, prend la parole : « Ce que nous visons, c’est d’établir des partenariats avec les entreprises locales, afin de renforcer l’employabilité jeunes RDC. »
Car le constat est implacable : les employeurs hésitent. « Les entreprises veulent recruter, mais hésitent à engager des personnes qui pourraient leur coûter cher plus tard, faute d’expérience », insiste-t-il. Une réalité qui pousse Ruth et tant d’autres à envisager l’impensable : troquer la blouse blanche contre un tablier de cuisine ou un costume de réceptionniste. « Si, à travers une autre formation pratique, je peux accéder à un travail dans un autre secteur, je suis prête à le faire », confie-t-elle avec une dignité désarmante.
Ce forum emploi Kongo Central n’est donc pas qu’une simple rencontre : c’est un révélateur des failles de la formation professionnelle RDC. Au-delà des discours, il pose la première pierre d’un tournant annoncé par les organisateurs, qui promettent d’étendre leur programme de formation et d’orientation professionnelle à d’autres zones de la province. L’initiative vise l’emploi jeunes Matadi, mais pourrait devenir un modèle pour tout le pays.
Et si l’avenir de la jeunesse congolaise passait justement par cette humilité de tout désapprendre ? Dans les couloirs du forum, beaucoup hochent la tête, conscients que l’adéquation entre formation et besoin du marché reste le défi majeur. En attendant, l’histoire de Ruth nous oblige à interroger notre rapport collectif à la réussite : peut-on encore parler d’échec quand la reconversion devient la seule issue ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
