À Sange, cité nichée dans le territoire d’Uvira, les ruelles animées racontent une histoire récente de tensions. Mais depuis quelques jours, un autre son monte : celui d’un appel à l’unité. Vendredi 15 mai, le chef de cité, Mabiswa Selemani Jean de Dieu, a harangué la foule, déterminé à éteindre les braises de la division. « Nous interdisons les règlements de comptes », a-t-il lancé, le visage grave, avant d’ajouter que la cité restait calme, en observation. Ces mots, simples, portent pourtant un poids immense dans une région où les discours de haine ont souvent servi de détonateur à des violences intercommunautaires.
Le Sud-Kivu, et particulièrement Uvira, a longtemps été le théâtre d’un véritable cancer verbal : les discours de haine circulent, attisant méfiance et ressentiment entre communautés. Mais aujourd’hui, autorités et citoyens semblent vouloir inverser la tendance. Et si ce sursaut local pouvait inspirer toute la province ?
Cette mobilisation n’est pas isolée. Le Collectif des organisations de la société civile du Sud-Kivu pour la paix salue l’initiative, mais prévient : la cohésion sociale ne se décrète pas, elle se construit. Emmanuel Bengehya, co-modérateur du collectif, martèle : « Nous exigeons la protection des civils à travers un mécanisme de suivi du cessez-le-feu et le déploiement urgent d’une unité de la CIRGL et de la Monusco. » Un rappel brutal que sans sécurité, le vivre ensemble reste un vœu pieux.
Comment espérer une paix durable quand les populations vivent sous la menace des groupes armés ? Le discours de haine prospère sur le terreau de l’insécurité, comme une mauvaise herbe. À Uvira, beaucoup le savent : interdire les mots ne suffira pas si les balles continuent de siffler. Pourtant, des voix s’élèvent. Des activistes des droits humains au Sud-Kivu encouragent cette démarche, estimant que le vivre ensemble entre les communautés est un pilier pour restaurer l’autorité de l’État. Et c’est là tout l’enjeu : dans une région où l’État semble parfois absent, la cohésion sociale pourrait être le ciment qui rebâtit la confiance entre gouvernants et gouvernés.
Peut-on vraiment parler de cohésion sociale quand des quartiers entiers sont divisés par la peur ? Quand les enfants apprennent à détester avant même d’apprendre à lire ? Les initiatives comme celle de Sange ne sont qu’un début, une étincelle dans la nuit. Mais chaque parole de paix, chaque geste de rapprochement, est une pierre apportée à l’édifice d’une société plus juste. Les discours de haine peuvent être écartés, mais seulement si toutes les forces vives – autorités locales, société civile, partenaires internationaux – agissent de concert. Le pari du vivre ensemble mérite d’être tenté. L’avenir du Sud-Kivu en dépend.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
