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Mukwege : « Pas d’élections sans paix, pas de référendum non plus ! »

Le prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege, a jeté un pavé dans la mare politique congolaise en utilisant l’argument du président Félix Tshisekedi contre sa propre majorité. Lors d’une interview accordée à Africanews, le célèbre gynécologue a estimé que l’impossibilité d’organiser les élections de 2028 en raison de l’insécurité dans l’Est du pays devait également s’appliquer à tout référendum constitutionnel. Un aller-retour rhétorique qui met à nu les contradictions du pouvoir face à la guerre à l’Est de la RDC.

« Il dit qu’on ne peut pas faire les élections, puisqu’il y a deux provinces qui sont en guerre. Si on ne peut pas organiser d’élections pour cette raison, alors on ne peut pas non plus organiser de référendum pour modifier la Constitution, car il faudrait que ces deux provinces puissent également se prononcer », a déclaré le Dr Mukwege, cité textuellement, renvoyant ainsi Félix Tshisekedi à ses propres logiques.

La veille, lors de sa conférence de presse du 6 mai dernier, le chef de l’État avait clairement conditionné la tenue des scrutins présidentiels et législatifs de 2028 à la fin des hostilités dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, occupées par la rébellion du M23 soutenue par le Rwanda. Son parallèle avec l’Ukraine, où les élections ont été reportées à cause de l’invasion russe, visait à légitimer un éventuel report. Pourtant, le docteur Mukwege retourne l’argument avec une acuité chirurgicale : si le peuple congolais ne peut exercer son droit de vote dans son intégralité pour élire ses dirigeants, comment pourrait-on le consulter pour modifier la loi fondamentale, cette même Constitution qui garantit les droits de ces populations ?

Cette intervention place le débat autour des minerais USA et de la sécurité dans l’Est sous un jour nouveau. Denis Mukwege, figure morale respectée, n’a pas hésité à qualifier l’accord sur les minerais stratégiques conclu entre Kinshasa et Washington de « prédation ». « En ce qui concerne les minerais, il y a déjà des lots de minerais qui partent, mais en contrepartie, nous n’avons pas la sécurité. Et donc, c’est une diplomatie qu’on pouvait qualifier de transactionnelle au départ, mais aujourd’hui ça ressemble plutôt à de la prédation, puisque nous, nous donnons, mais en retour nous ne recevons pas la sécurité souhaitée », a-t-il fustigé.

Une attaque frontale contre la stratégie de Félix Tshisekedi qui mise sur le soutien américain pour pacifier l’Est, tout en ouvrant l’accès aux ressources congolaises. Le gynécologue, qui a dédié sa vie à panser les plaies de la guerre dans cette partie du pays, rappelle ainsi cruellement que les promesses de sécurité restent lettre morte tandis que les minerais quittent le pays. L’ironie n’échappera à personne : l’argument massue du président pour justifier un éventuel report des élections – la guerre à l’Est – cache peut-être une stratégie dilatoire pendant que les richesses du sous-sol sont négociées sans contrepartie palpable pour les populations locales.

La position de Mukwege résonne comme un révélateur des tensions politiques autour de la révision constitutionnelle. Le débat sur la modification ou le changement de la Constitution, envisagé par la majorité au pouvoir, agite la classe politique depuis des mois. Or, l’obstacle sécuritaire que brandit le président pour justifier l’impossibilité des élections pourrait être le même qui empêchera toute révision référendaire. La contradiction est flagrante. À moins que, pour certains, la souveraineté populaire ne soit divisible en fonction des priorités du moment.

Certes, le président Tshisekedi affirme disposer des ressources nécessaires pour organiser les élections de 2028 « le plus rapidement possible » après la fin de la guerre, mais le temps presse. La légitimité démocratique s’érode chaque jour où les institutions peinent à rétablir l’autorité de l’État dans l’Est. Denis Mukwege, par sa voix, oblige les dirigeants à une cohérence. Si la guerre empêche tout processus électoral, alors le référendum, pilier de toute réforme constitutionnelle en RDC, doit suivre le même sort. Une équation simple que les stratèges politiques feignent d’ignorer.

Alors que les élections de 2028 se profilent à l’horizon, la question de la guerre à l’Est de la RDC et de l’exploitation des minerais au bénéfice des USA devient centrale. Le prix Nobel congolais a mis en lumière une faille béante dans le récit présidentiel. La population attend désormais des clarifications sur ce double standard. Si l’occupation du Nord-Kivu et du Sud-Kivu interdit le vote, elle doit logiquement interdire toute modification constitutionnelle qui ne recevrait pas l’aval de tous les Congolais. Le compte à rebours est lancé. Quant à l’accord minier avec Washington, il exigera plus que des discours : des résultats tangibles sur le terrain, sous peine de confirmer la sombre analyse de prédation.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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