Des exécutions sommaires, des viols et des disparitions forcées. Voici le terrifiant constat dressé par Human Rights Watch dans un rapport accablant publié ce mercredi 13 mai. L’organisation internationale accuse le groupe armé M23 et les Forces rwandaises de défense d’avoir commis de graves violations du droit international humanitaire à Uvira, dans la province du Sud-Kivu. Des actes qualifiés de crimes de guerre, perpétrés entre le 10 décembre 2025 et le 17 janvier 2026, lors de la prise et de l’occupation de cette ville de l’est de la République démocratique du Congo.
Comment une telle barbarie a-t-elle pu se dérouler au lendemain d’un accord de paix ? La question hante les survivants. Selon le rapport, Uvira est tombée sous le contrôle des rebelles du M23 et des troupes rwandaises quelques jours seulement après la signature d’un cessez-le-feu négocié par les États-Unis entre Kinshasa et Kigali. Ironie du sort, ce même accord aurait ensuite précipité le retrait soudain de ces forces un mois plus tard, abandonnant la population à un chaos meurtrier.
Les conclusions de Human Rights Watch reposent sur des enquêtes menées à Uvira après le départ des assaillants. Plus de 120 personnes ont été interrogées : survivants, témoins, proches de victimes et sources locales. Le tableau est apocalyptique. L’ONG documente des meurtres illégaux, des recrutements forcés de civils, des enlèvements et des violences sexuelles d’une ampleur glaçante.
Des récits poignants décrivent des fouilles maison par maison. « Plusieurs personnes portées disparues depuis cette période n’ont toujours pas été retrouvées », précise le rapport. Des combattants du M23 et des soldats rwandais auraient procédé à des exécutions sommaires à l’intérieur même des habitations, après avoir tiré à bout portant sur les habitants.
Pire encore, des civils tentant de fuir les combats ont été pris pour cible. Des tirs ont été ouverts sur des groupes cherchant à rejoindre le Burundi voisin ou les hauteurs surplombant Uvira. Des témoins affirment avoir vu des femmes et des enfants s’effondrer sous les balles, sans qu’aucune aide ne puisse leur être apportée.
Face à cette litanie de crimes de guerre, Human Rights Watch tire la sonnette d’alarme. L’absence d’enquêtes crédibles et de poursuites judiciaires risque d’encourager la répétition de tels abus dans d’autres localités du Sud-Kivu. « À moins qu’il n’y ait une comptabilisation exhaustive des crimes commis et des actions concrètes de la part des autorités congolaises et rwandaises, avec un soutien international, les abus qui ont eu lieu à Uvira sont susceptibles de se reproduire ailleurs », avertit le rapport. Une impunité qui laisse les civils de l’est de la RDC exposés à de nouveaux préjudices graves.
Alors que le silence assourdissant des autorités persiste, les victimes d’Uvira attendent justice. Le M23 et le Rwanda continueront-ils de bénéficier d’une telle clémence ? La communauté internationale, les yeux grands fermés, regardera-t-elle encore longtemps le sang couler au Sud-Kivu ? Les preuves sont là. Les témoignages accablent. Et pourtant, le cycle infernal des violences semble promis à un éternel recommencement.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
