La province de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, fait face à une onde de choc. Un atelier d’alerte, tenu à Bunia, a mis en lumière l’ampleur vertigineuse de la traite des êtres humains et du trafic illicite de migrants qui gangrènent la frontière poreuse avec l’Ouganda. Organisée dans le cadre du projet Borderlands, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), cette rencontre a réuni autorités provinciales, services de sécurité et acteurs humanitaires autour d’un constat sans équivoque : des milliers de vies, surtout celles de femmes et d’enfants, sont aspirées chaque année par des réseaux criminels sans visage.
Plus de 450 pistes clandestines frontalières échappent à tout contrôle de l’État. C’est le chiffre glaçant dévoilé par une étude menée entre décembre 2025 et 2026. Le docteur Ely Thelot, expert de l’OIM, en a dressé le portrait : « Ces voies facilitent plusieurs formes de criminalité transfrontalière, notamment la traite des êtres humains et le trafic illicite des migrants. » Autrement dit, l’Ituri est transformé en véritable couloir de l’horreur, où les frontières n’existent plus que pour les victimes.
Les mécanismes d’exploitation recensés dépassent l’entendement. Mariages forcés, exploitation sexuelle, esclavage sexuel, trafic d’organes humains, recrutement de force dans les groupes armés, travail forcé dans les mines et l’agriculture : la liste, égrenée par l’expert, claque comme un réquisitoire. Chaque piste clandestine devient un vecteur de ces atrocités. Combien de jeunes filles ont-elles été réduites à l’état de marchandise sur ces sentiers hors de portée des regards officiels ? La question reste sans réponse définitive, mais les chiffres des violences sexuelles parlent d’eux-mêmes : plus de 25 000 cas recensés en une seule année, dont près de la moitié concernent des mineures. L’enfance iturienne est prise en otage par cette économie souterraine.
Le phénomène ne se résume pas à une crise locale. Il reflète une tragédie plus large observée dans plusieurs régions africaines en proie aux conflits armés, à la pauvreté endémique et aux migrations irrégulières. Les réseaux criminels exploitent la fragilité des frontières et l’absence de coordination sécuritaire. En Ituri, la disparition de plus de 250 enfants en douze mois a été documentée par l’étude, un chiffre qui donne le vertige. Autant de vies volées, souvent sous l’œil impuissant des communautés.
Face à cette situation, les autorités provinciales ont réaffirmé leur détermination. Représentant le gouverneur militaire, Dieudonné Omasombo, directeur de cabinet adjoint chargé de l’économie et des finances, a martelé : « Le gouvernement provincial de l’Ituri demeure engagé à accompagner toutes les initiatives visant à lutter contre la traite des êtres humains et le trafic illicite dans notre province. La protection des populations, surtout des femmes et des enfants, reste une priorité. » Une déclaration qui intervient dans un contexte où les promesses se heurtent souvent à la réalité d’une frontière incontrôlable.
Les participants à l’atelier ont émis des recommandations claires. Le renforcement des contrôles frontaliers a été unanimement réclamé, tout comme la formation poussée des services de sécurité congolais. Mais l’axe le plus déterminant réside dans la coopération entre la RDC et l’Ouganda. Sans une action commune, les pistes continueront de prospérer, exportant la souffrance au-delà des lignes géographiques. La sécurisation de ces zones exige des patrouilles mixtes, un partage de renseignements et des poursuites judiciaires transfrontalières.
L’OIM, par la voix de son expert, a souligné que la lutte contre ce fléau nécessite une réponse holistique : prévention, protection des victimes et répression des réseaux. L’Union européenne, via Borderlands, apporte un appui technique et financier, mais l’essentiel repose sur la volonté politique des deux États concernés. Combien de temps faudra-t-il encore pour que ces 450 pistes de la honte soient fermées ? Une interrogation qui plane désormais sur Bunia, comme un appel à l’action immédiate. La traite des êtres humains en Ituri n’est plus une menace lointaine ; elle est un crime de masse sous nos yeux.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
