Au grand marché de Mbuji-Mayi, dans la province du Kasaï-Oriental, un produit d’usage courant vient de prendre une tournure inattendue. Le paquet de dix rouleaux de papier hygiénique, vendu il y a quelques jours à 8 000 francs congolais, s’affiche désormais entre 14 000 et 15 000 francs. Une hausse vertigineuse de près de 90 % qui, au-delà de la statistique, révèle une fracture profonde dans la chaîne d’approvisionnement locale.
Les étals des vendeuses du marché Simis en témoignent : toutes les marques sont touchées par une raréfaction soudaine. « Nous n’avons presque plus de stock. Il y a une rareté sur le marché », confie une commerçante, habituée à jongler avec les arrivages. La rupture d’approvisionnement à Mbuji-Mayi ne relève pas du hasard. Selon plusieurs grossistes, le principal goulet d’étranglement se situe sur l’axe Lubumbashi-Mbuji-Mayi, où l’état dégradé des routes transforme chaque convoi en véritable expédition.
Kendjo Mukendi, grossiste au marché Wetrafa, l’explique sans détour : « Vu l’état des routes, je ne peux plus transporter de grandes quantités ». Les camions, contraints de limiter leur chargement pour éviter l’embourbement, réduisent mécaniquement les volumes disponibles sur le marché de Mbuji-Mayi. Résultat : une pénurie de papier hygiénique au Kasaï-Oriental qui frappe comme un indicateur avancé des fragilités logistiques de la région. La loi de l’offre et de la demande, ce thermomètre implacable de l’économie locale, s’emballe. Moins de produits, même prix qui s’envolent.
Pour les ménages, la pilule est difficile à avaler. La hausse du prix du papier hygiénique oblige les familles à des arbitrages douloureux. Certains acheteurs racontent devoir réduire leurs emplettes ou renoncer à ce produit pour se tourner vers des alternatives moins coûteuses. « À la maison, nous nettoyons les enfants avec de l’eau et du savon », confie une mère de famille, illustrant ce retour forcé à des pratiques d’hygiène que la modernité avait supplantées. Une situation qui, si elle devait durer, pourrait avoir des conséquences sanitaires non négligeables, surtout dans les quartiers les plus densément peuplés.
Cette crise du papier hygiénique Mbuji-Mayi agit comme un révélateur. Elle souligne une dépendance quasi totale aux circuits d’approvisionnement extérieurs et l’absence de stocks tampons capables d’amortir une rupture. Comment imaginer une résilience locale quand un produit aussi basique devient le luxe d’une minorité ? La question mérite d’être posée, alors que les routes restent le talon d’Achille du commerce intérieur congolais.
Les vendeurs, pris en étau entre des coûts d’achat en hausse et un pouvoir d’achat des clients atone, espèrent un retour rapide à la normale. Mais rien n’indique que l’axe Lubumbashi-Mbuji-Mayi retrouvera sa fluidité de sitôt. En attendant, le marché de Mbuji-Mayi observe une forme de respiration économique suspendue, où chaque arrivage est scruté comme une bouffée d’oxygène. La pénurie de papier hygiénique au Kasaï-Oriental n’est peut-être qu’un symptôme d’un mal plus profond : celui d’une connectivité défaillante qui, un jour, pourrait toucher des biens bien plus vitaux.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
