Le marché de Mbuji-Mayi, poumon économique du Kasaï-Oriental, vit depuis quelques jours une situation pour le moins inattendue : le prix du papier hygiénique a connu une envolée spectaculaire. Le paquet de dix rouleaux, qui se négociait encore à 8 000 francs congolais, atteint désormais la barre des 15 000 francs. Une hausse de près de 87 % qui interroge sur la résilience des circuits d’approvisionnement dans cette région enclavée.
Derrière cette flambée, une rupture d’approvisionnement brutale. Les grossistes interrogés au grand marché Wetrafa pointent du doigt des difficultés logistiques majeures. « Nous rencontrons des difficultés pour acheminer ces produits à Mbuji-Mayi. Vu l’état des routes, je ne peux plus transporter de grandes quantités », confie Kendjo Mukendi, un acteur important du secteur. La route qui relie Lubumbashi, principal point d’entrée des marchandises, est devenue un véritable calvaire. Les intempéries récentes et le manque d’entretien chronique des infrastructures ont transformé le trajet en une épreuve qui fait fuir les transporteurs. Résultat : les stocks de toutes les marques de papier hygiénique se sont réduits comme peau de chagrin, créant une pénurie qui s’est immédiatement répercutée sur les prix au détail.
Comment expliquer qu’un produit de première nécessité, pourtant modeste, puisse connaître une telle volatilité ? La réponse tient en un mot : la dépendance. Mbuji-Mayi, comme de nombreuses villes du Kasaï-Oriental, dépend quasi exclusivement des approvisionnements extérieurs pour des biens manufacturés de ce type. Lorsque la chaîne se grippe, c’est tout l’écosystème commercial local qui vacille. Cette pénurie de papier hygiénique met en lumière la fragilité d’un système où le moindre obstacle logistique se transforme en crise pour les ménages.
Les conséquences sur l’hygiène des ménages sont directes et préoccupantes. Sur le marché Simis, une vendeuse témoigne : « Le papier hygiénique se vendait à 8 000 francs, maintenant il est entre 14 000 et 15 000 francs. Il y a une rareté sur le marché. » Du côté des acheteurs, la résignation le dispute à l’inquiétude. Beaucoup réduisent leurs achats, rationnent l’utilisation ou se tournent vers des méthodes alternatives. « À la maison, nous nettoyons les enfants avec de l’eau et du savon », explique une mère de famille. Une pratique qui, si elle semble de bon sens, n’est pas sans risque dans un contexte où l’accès à l’eau potable reste aléatoire. Les spécialistes de la santé publique le rappellent : un défaut d’hygiène, même minime, peut favoriser la propagation de maladies diarrhéiques et cutanées.
Cette flambée du papier hygiénique à Mbuji-Mayi agit comme un révélateur des maux plus profonds qui minent l’économie du Kasaï-Oriental. L’absence d’une véritable filière de production locale condamne les consommateurs à subir les aléas du transport et de la spéculation. Alors que le paquet de dix rouleaux se monnaie désormais à un prix proche du salaire journalier de nombreux travailleurs, l’heure est à l’adaptation. Vendeurs et clients espèrent un retour rapide à la normale, mais sans une stabilisation durable des routes et une diversification des sources d’approvisionnement, la pénurie pourrait bien devenir une habitude. En attendant, le simple geste d’acheter du papier hygiénique est devenu un luxe que beaucoup ne peuvent plus se permettre.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
