Sur le sol vibrant de Kinshasa, entre les échos de tam-tams et les effluves de mets traditionnels, une effervescence inédite a enveloppé l’air : la communauté hutue RDC a posé, le temps d’une journée, les fondements d’un dialogue intime entre mémoire et modernité. Cette première journée culturelle hutue Kinshasa, véritable carrefour des identités, a transformé l’espace en un sanctuaire vivant où le passé s’est invité avec une douceur résolue. Les étoffes chatoyantes, les danses ondoyantes comme une rivière nourricière, chaque geste semblait murmurer une histoire plus ancienne que les mots. Mais au cœur de cette célébration, une silhouette émergeait avec la force tranquille d’un pilier : la femme hutue, gardienne silencieuse d’un patrimoine menacé par les vents contraires de l’histoire.
Qui mieux que la femme pour incarner la chair même de la transmission ? Samedi, l’hommage a été à la hauteur de son rôle. Nicole Mashako, vice-présidente chargée des projets de l’association Mahu ASBL, a pris la parole au nom d’une présidente absente, avec une voix qui portait l’écho de milliers de femmes congolaises. Elle a dépeint la femmes hutues Congo comme une actrice essentielle de la vie sociale et économique, une tisseuse de liens dans l’agriculture, le commerce, l’éducation et l’encadrement familial. « Elle est le premier livre que l’enfant lit, la première terre qu’il laboure », a-t-elle semblé dire, rappelant que sans ces mains qui bercent, la culture hutue s’étiolerait. Cette journée culturelle ne fut donc pas qu’une exposition folklorique, mais une reconnaissance politique de ces contributions trop souvent invisibilisées.
Fondée dans les années 80 par des pionnières telles que Joséphine Kimonyo, Françoise Sebangenzi, Antoinette Ndimubanzi et Mechtidide Mike Kemo, l’association Mahu ASBL célèbre cette année ses quarante ans d’un combat discret mais tenace. « Mamans Hutu », comme on la surnomme affectueusement, a grandi de l’intérieur, essaimant des racines de solidarité de Kinshasa aux provinces reculées, et jusqu’à l’international, grâce à l’obtention de documents administratifs et juridiques. L’objectif initial n’a pas pris une ride : renforcer les liens entre femmes hutues Congo, promouvoir les valeurs culturelles et le développement communautaire. Une mission qui, aujourd’hui, résonne comme un acte de résistance face à l’oubli.
Car l’espoir a un goût amer lorsque l’on se tourne vers l’Est de la RDC. Nicole Mashako a évoqué, sans fard, la situation des femmes prisonnières des conflits armés : violences basées sur le genre, déplacements massifs, pertes économiques qui réduisent les familles à l’ombre d’elles-mêmes. Pourtant, dans ce tableau d’apocalypse, une lueur insiste. La résilience des femmes hutues s’impose comme une évidence, comme un chant qui refuse de s’éteindre. Elles sont « des actrices de paix et de développement socio-économique », a-t-elle rappelé, transformant les stigmates en leviers. N’est-ce pas là le propre de la culture hutue : faire du chaos une terre fertile ?
Alors, cette journée culturelle devient plus qu’un événement : elle est un manifeste. En célébrant les danses, les plats, les récits, c’est tout un peuple qui réaffirme son droit à exister dans la dignité. La communauté hutue RDC, souvent réduite aux lignes de fracture ethniques, tisse un autre récit, celui d’une identité plurielle qui puise dans la tradition pour inventer l’avenir. Et si la culture était le premier pas vers la réconciliation ? À Kinshasa, ce samedi, les sons du passé ont résonné comme une promesse d’aube nouvelle, portés par ces femmes qui, en préservant l’héritage, cultivent les germes d’une paix contagieuse.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
