La République démocratique du Congo et la République centrafricaine ont franchi un pas décisif dans la lutte contre l’insécurité transfrontalière. Lundi 11 mai, à Bangui, les ministres de la Défense des deux pays, Guy Kabombo Muadiamvita pour la RDC et Rameaux Claude Bireau pour la RCA, ont paraphé un accord de coopération sécuritaire axé sur la neutralisation des groupes armés qui écument leur frontière commune.
Cet accord vise prioritairement la rébellion ougandaise de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) ainsi que certains groupes d’éleveurs armés Mbororo, accusés de multiplier les exactions et d’alimenter un climat de peur dans les zones frontalières. Depuis des années, ces mouvements exploitent la porosité des limites territoriales pour perpétrer des raids meurtriers, kidnapper des civils ou se livrer à des trafics illicites.
Au cœur du dispositif, Kinshasa et Bangui ont décidé de créer un centre de coordination conjoint. Cette structure inédite aura pour mission de faciliter le partage de renseignements en temps réel. Comment mieux anticiper les incursions ennemies sans un flux continu d’informations ? Les experts militaires des deux nations, qui ont travaillé pendant quarante-huit heures, estiment que cette intelligence mutualisée permettra de déjouer les attaques avant qu’elles ne surviennent.
Le centre de coordination conjoint RDC-RCA reposera sur une plateforme d’échange sécurisée. Chaque mouvement suspect pourra être signalé et vérifié sans délai. Cela évitera que des groupes comme la LRA, rompus aux tactiques de guérilla, ne s’évanouissent dans la nature après avoir frappé. En parallèle, les patrouilles mixtes aux frontières seront intensifiées. L’objectif est simple : réduire au maximum les zones d’ombre où les rebelles se retranchent.
L’accord prévoit également la redynamisation de la commission mixte bilatérale entre les deux États. Cette instance, longtemps en sommeil, devra s’atteler aux épineuses questions foncières qui enveniment les relations entre les populations locales et les éleveurs Mbororo. La clarification de la délimitation physique de la frontière RDC-RCA constitue un autre chantier crucial. Sans limites claires, les litiges se multiplient, offrant un terreau fertile à la violence.
Le ministre congolais de la Défense a salué un texte qui, selon ses propres termes, « dépasse le simple cadre administratif » et reflète une « volonté commune de faire face aux défis sécuritaires régionaux ». Ces propos, rapportés à l’issue de la signature, soulignent l’urgence d’agir face à des groupes qui n’ont que faire des frontières. La coopération sécuritaire RDC RCA s’inscrit dans une dynamique régionale où l’insécurité ne peut plus être combattue en ordre dispersé.
La LRA, dirigée par Joseph Kony, est tristement célèbre pour ses atrocités : massacres, enrôlement d’enfants soldats, mutilations. Bien que son noyau dur soit réduit, ses membres continuent de sévir en Centrafrique, dans le nord-est de la RDC et au Soudan du Sud. Les Mbororo, eux, ne forment pas un groupe unifié, mais certaines fractions lourdement armées attisent les tensions avec les communautés sédentaires. La lutte contre LRA RDC RCA ne peut donc se concevoir sans une approche régionale et multidimensionnelle.
La mise en place d’un centre de coordination conjoint et l’intensification des échanges de renseignements marquent un changement de méthode. Fini le temps où chaque pays menait des opérations isolées, souvent inefficaces. Désormais, l’accord RDC RCA sécurité vise une synchronisation des efforts, avec l’appui probable des forces internationales présentes dans la région, comme les Casques bleus de la MINUSCA en Centrafrique.
Reste à transformer l’essai. Les précédents accords bilatéraux sont souvent restés lettre morte, faute de volonté politique ou de moyens. La réussite de celui-ci dépendra de la constance des deux gouvernements et du soutien des partenaires techniques et financiers. Les populations, elles, attendent depuis trop longtemps la fin des cauchemars. Cet accord pourrait être le premier pas vers une paix durable dans les zones frontalières de la RDC et de la RCA.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
