La cité de Mushaki, située à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Goma, a été secouée vendredi 8 mai aux environs de 16h20 par deux détonations successives. Selon des témoignages recueillis sur place, il s’agirait de frappes aériennes menées par des drones militaires. Ces explosions ont semé la panique au sein du marché public, alors en pleine activité, blessant plusieurs civils. Les échanges commerciaux ont été brutalement interrompus, plongeant la population dans une psychose généralisée. À qui profite cette escalade dans une zone déjà sous emprise des rebelles de l’AFC-M23 ?
Dans le même temps, la région d’Ufamandu, au sud du territoire de Masisi, a été le théâtre de violents affrontements armés. Les combats, qui ont duré de vendredi à samedi, ont opposé les miliciens Maï-Maï Lamuka de Maachano aux combattants du groupe CLD dirigé par Obedi Ngabo. Les villages de Kaleta, Bunyabaiti et Kirambo ont été le point de convergence de ces hostilités. Le bilan provisoire fait état d’une femme grièvement blessée, d’au moins quatre autres personnes touchées et de nombreux pillages. Ces affrontements illustrent la persistance des tensions intercommunautaires et la fragmentation des groupes armés opérant dans les zones de Masisi et Walikale.
La sécurité des populations civiles reste le cadet des soucis des belligérants. Pendant que les armes crépitent, des centaines de familles risquent leur vie pour fuir. Les déplacés en provenance de l’axe Mushaki-Matanda ont convergé vers Sake, tandis que ceux d’Ufamandu ont pris la direction de Biolo, Mbeshe-Mbeshe et Nairobi, dans le territoire voisin de Walikale. Une marée humaine désemparée, sans assistance, ajoutant un fardeau supplémentaire à une crise humanitaire déjà alarmante. Combien de temps encore les habitants du Nord-Kivu devront-ils subir ce cycle infernal de violence et de déplacement ?
La société civile locale tire la sonnette d’alarme. Ces nouveaux incidents aggravent une situation sécuritaire déjà extrêmement précaire, marquée par le conflit persistant entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les rebelles de l’AFC/M23. Les organisations humanitaires peinent à accéder aux zones affectées, compliquant la distribution de vivres et de soins médicaux. L’insécurité chronique entrave les cultures, paralyse le petit commerce et expose les femmes et les enfants aux pires exactions. Dans le groupement d’Ufamandu 1 et 2, entre la chefferie des Bahunde et le secteur de Katoyi, les récits de pillages et de maisons incendiées se multiplient, témoignant de l’extrême vulnérabilité des civils pris au piège.
Face à cette dégradation, les autorités provinciales et les forces de sécurité sont appelées à intensifier leur présence et à garantir un corridor humanitaire. Pourtant, les moyens restent dérisoires et les défis logistiques immenses. Les frappes aériennes sur Mushaki soulèvent d’épineuses questions sur le respect du droit international humanitaire et la protection des populations civiles dans les conflits armés. La chefferie des Bahunde, déjà meurtrie par des années de guerre, voit ses espoirs de paix s’éloigner à chaque nouvelle déflagration. La communauté internationale, souvent prompte à condamner, saura-t-elle cette fois-ci transformer ses paroles en actions concrètes pour endiguer ce chaos ?
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
