À Kinshasa, Goma ou Bukavu, le constat est amer : de plus en plus de Congolais tournent le dos aux médias traditionnels. Lassés par des débats partisans, des informations anxiogènes ou des reportages qui ne font qu’aligner les violences sans jamais apporter d’espoir, ils préfèrent se retirer du flux de l’actualité. Ce phénomène, baptisé « évitement de l’information », n’est pas une simple tendance : c’est une crise de confiance qui fragilise le débat démocratique et la cohésion sociale. Et si les médias eux-mêmes pouvaient en être la solution ? C’est tout le sens de l’atelier en ligne organisé le 18 avril 2026 par Heavenly Culture, World Peace, Restoration of Light (HWPL), qui a réuni plus de 200 journalistes internationaux autour du journalisme de paix.
Sous le thème « Proposer des solutions à l’ère de l’évitement de l’information : renforcer l’autonomie du public grâce à la collaboration entre médias et acteurs civils pour la paix », cette rencontre a permis de poser un diagnostic lucide. En République démocratique du Congo, où les conflits armés et les tensions politiques sont chroniques, le journalisme de paix apparaît comme une bouée de sauvetage. Car comment parler de paix quand les récits médiatiques ne montrent que des affrontements et des discours de haine ?
Trois contributeurs au Volume 4 du Journal HWPL Peace Journalism Studies ont partagé leurs recherches. Achmad Yani, journaliste indonésien, a analysé la couverture médiatique du conflit entre la Thaïlande et le Cambodge : 64 % des articles se focalisaient sur les combats, tandis que le sort de plus de 200 000 civils déplacés était passé sous silence. « La manière dont les médias cadrent les conflits façonne de manière significative la perception du public », a-t-il insisté. Une leçon qui résonne fortement dans l’est de la RDC, où les récits humanitaires peinent souvent à trouver leur place face à une couverture essentiellement militaire.
Ida Yusnita, journaliste pour mediabanjarmasin.com, a rappelé que la paix ne se résume pas à l’absence de guerre. « La paix et les droits humains sont indissociables », a-t-elle déclaré, appelant à une éducation à la tolérance et à des politiques anti-discrimination. En RDC, où les discours identitaires attisent les tensions, cet appel fait écho aux initiatives locales de réconciliation. Mais comment convaincre un public fatigué que la paix est possible quand les médias eux-mêmes peinent à incarner cette espérance ?
José Nicolás Arroyo Ramos, avocat et professeur dominicain, a introduit le concept de « violence discursive » : une communication qui divise sans violence physique, mais qui alimente l’hostilité. À l’ère numérique, les contenus émotionnels non vérifiés se propagent à une vitesse fulgurante, réduisant des enjeux complexes à des clivages stériles. Le journalisme de paix, au contraire, explore les causes profondes, intègre des perspectives diverses et propose des solutions constructives. N’est-ce pas exactement ce dont la RDC a besoin ?
L’atelier a également marqué le lancement de la Media Association for Global Peace (MAGP), un réseau mondial basé sur Substack. Cette plateforme vise à connecter journalistes et ONG pour soutenir l’expansion du journalisme de paix. Pour les médias congolais indépendants, souvent isolés et sous-financés, une telle collaboration internationale pourrait être une bouffée d’oxygène. Un journaliste de Goma présent virtuellement confiait : « Nous avons besoin de modèles et de réseaux pour sortir du piège du sensationnalisme et de la peur. »
Les organisateurs de HWPL ont conclu que « les médias ne sont pas de simples vecteurs d’information, mais des acteurs clés dans la formation de la perception publique et la construction de la paix ». En RDC, où la méfiance envers les médias grandit, cette affirmation est plus qu’un vœu pieux : c’est un impératif. Car sans médias pour la paix, comment espérer briser le cycle de l’évitement de l’information et redonner aux citoyens le goût de s’informer pour construire un avenir commun ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
