« Je suis stupéfait par le travail effectué », s’est exclamé Paul Mundela, l’assistant personnel du Chef de l’État, en posant le pied sur le chantier des Rocades de Kinshasa. Sa voix, teintée d’émotion, portait l’espoir de millions de Kinois, asphyxiés chaque jour par des embouteillages interminables. Ce jeudi 23 avril, accompagné du conseiller spécial Cachemire Eberande et du directeur général de l’Agence congolaise des grands travaux (ACGT), Nico Nzau Nzau, Paul Mundela a inspecté l’avancement de ce projet pharaonique qui promet de changer le visage de la capitale.
« Il faudrait que cet ouvrage soit livré afin de désengorger la ville, pour que les citoyens puissent palper du doigt et vivre cette merveille », a-t-il insisté. Ces mots résonnent comme un baume sur les maux quotidiens des habitants de Kinshasa. Mais au-delà de l’enthousiasme, une question lancinante demeure : ces infrastructures seront-elles préservées ? Paul Mundela lui-même a lancé un appel à la responsabilité collective : « Nous, citoyens, devons bien prendre soin de cet ouvrage, car les dépenses de l’État ne doivent pas se limiter uniquement à la construction des infrastructures : il y a aussi d’autres priorités tout aussi importantes. »
La délégation a débuté sa visite au quartier Buma, où un site érosif a été maîtrisé. Là, le DG de l’ACGT a présenté un état d’avancement détaillé. Les chiffres donnent le tournis : 73 kilomètres de routes en cours de revêtement, après d’importants travaux de terrassement ; plusieurs ouvrages de franchissement, dont trois ponts d’une portée comprise entre 90 et 180 mètres ; et une vaste opération d’expropriation qui a déjà affecté plus de 3 000 propriétés. Autant de réalisations qui témoignent d’un engagement sans précédent pour désengorger la circulation à Kinshasa.
Pourtant, derrière cette prouesse technique, se profile une ombre : l’urbanisation anarchique. Nico Nzau Nzau a sonné l’alerte : les tracés des Rocades Sud‑Est et Sud‑Ouest traversent des zones collinaires qui ne devraient pas être occupées par des habitations. « Tout le monde doit s’approprier ce bijou. Sinon, dans quelques temps, on verra des maisons construites, puis détruites à nouveau lors des expropriations. L’argent qui aurait pu servir à d’autres travaux sera encore consommé pour des situations que nous aurions pu éviter », a-t-il prévenu. Un cri du cœur qui interroge : comment concilier développement et respect des plans d’urbanisme ? Les Rocades de Kinshasa ne sont-elles qu’un pansement sur une plaie béante ?
Les Rocades Sud‑Est et Sud‑Ouest figurent parmi les projets majeurs que l’ACGT prévoit de livrer d’ici la fin de l’année 2027. Ce chantier colossal, exécuté par l’entreprise chinoise SISC SA et ses sous-traitants, pourrait transformer profondément la mobilité dans la capitale. Mais il exige une prise de conscience collective : sans entretien ni respect des emprises, ces infrastructures risquent de connaître le sort de tant d’autres : dégradation rapide et gaspillage des deniers publics. Car, comme le rappelle Paul Mundela, l’argent de l’État a d’autres priorités : la santé, l’éducation, la sécurité. Alors, ce « bijou » sera-t-il choyé par les Kinois ? L’avenir seul le dira. Mais une chose est sûre : l’espoir d’une circulation fluide n’a jamais été aussi tangible.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
