À Bunia, la capitale de l’Ituri, le bitume brûlant raconte une histoire de survie quotidienne. « Je commence à midi et je termine à huit heures du soir. Je parcours toute la ville, c’est un métier épuisant », confie l’un des nombreux vendeurs ambulants Bunia qui sillonnent les artères de la ville. Une affirmation qui résume le labeur de milliers d’autres, pour qui le commerce ambulant Ituri est bien plus qu’une activité : un filet de sécurité fragile face au chômage massif.
Le phénomène a pris une ampleur considérable ces dernières années. Ils sont des centaines, souvent très jeunes, à arpenter les quartiers de Nyakasanza, Shari ou Bankoko, un ballot de vêtements sur la tête, des caisses de boissons à la main ou des chaussures suspendues à un portant. Ces visages, pour beaucoup originaires des provinces voisines du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, incarnent une génération en quête de débrouille. Sans perspectives d’emploi formel, le commerce ambulant devient la seule porte de sortie, un moyen de « gagner au moins le double » selon les dires, pour subvenir aux besoins les plus élémentaires.
Mais derrière cette apparente liberté de mouvement se cache une réalité brutale. Les difficultés vendeurs ambulants RDC connaissent sont multiples et usantes. « Lorsque nous marchons longtemps, nous perdons beaucoup d’énergie », déplore le même vendeur. Les journées sont marathons, sous un soleil de plomb ou sous des averses, avec à la clé des douleurs lombaires tenaces, des ampoules aux pieds et une fatigue chronique. Le corps paie un lourd tribut à ce métier difficile Bunia. Et les risques ne sont pas seulement physiques.
L’insécurité guette à chaque coin de rue. Vols, agressions, accidents de la circulation sont le lot commun de ceux qui font de l’espace public leur boutique. Sans point de vente fixe, ils sont aussi sans protection. Cette précarité est le prix à payer pour des revenus jugés légèrement supérieurs à ceux d’un vendeur statique. Une équation risquée que des milliers acceptent pourtant, par nécessité absolue.
Cette économie de la débrouille pose aussi une question cruciale de gouvernance. Par sa nature mobile et informelle, le commerce ambulant échappe presque totalement au radar des services fiscaux de l’État. Une manne financière potentielle qui se volatilise, représentant un manque à gagner substantiel pour le Trésor public congolais. Comment encadrer cette activité tout en préservant ce moyen de subsistance pour des milliers de jeunes sans emploi commerce ambulant ? La quadrature du cercle pour des autorités souvent absentes du terrain.
À y regarder de plus près, ces vendeurs ambulants sont les symptômes d’un malaise bien plus profond. Ils sont le visage d’une jeunesse diplômée ou non, sacrifiée sur l’autel des crises économiques successives et d’un marché du travail atrophié. Leur endurance physique force l’admiration, mais elle interroge aussi sur l’avenir que la société leur propose. Jusqu’à quand pourront-ils tenir ce rythme infernal ? Que se passera-t-il lorsque leurs forces les trahiront ?
La situation à Bunia reflète un drame national. Dans toutes les grandes villes de la RDC, des cohortes de jeunes font du trottoir leur bureau, transformant la rue en un vaste marché informel. Cette activité, vitale à court terme, est-elle une solution ou un piège ? Elle permet de survivre aujourd’hui, mais elle n’offre aucune sécurité pour demain, aucune couverture sociale, aucune retraite. Elle perpétue un cycle de précarité où le travail ne mène pas à l’émancipation, mais simplement à la survie du lendemain.
Le témoignage poignant de ce vendeur de Bunia sonne comme un cri étouffé. Il met en lumière la résilience incroyable d’une population, mais aussi l’urgence de repenser les politiques d’emploi et d’insertion des jeunes. Tant que des alternatives stables ne seront pas créées, les rues de Bunia, de Kinshasa ou de Goma continueront d’être le théâtre silencieux de cette marche épuisante pour le pain quotidien. L’énergie dépensée à porter des marchandises pourrait-elle être canalisée pour porter le développement de la région ? La question mérite d’être posée, tant le potentiel de cette jeunesse débordante semble aujourd’hui gaspillé sur l’asphalte.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
