À Osio, à 17 kilomètres du centre de Kisangani, le poids des machettes a enfin été remplacé par celui des poignées de main. En juin 2025, les communautés Mbole et Lengola, après plus de trois années de conflits sanglants, ont officiellement enterré la hache de guerre. Pourtant, les cicatrices sont profondes : plus de 700 morts, des villages détruits, et des milliers de personnes déplacées errent encore, cherchant un refuge durable. Comment reconstruire après un tel traumatisme ? Comment offrir un avenir à ces familles brisées par la violence intercommunautaire ?
Une lueur d’espoir émerge du gouvernement congolais. Mercredi 15 avril, le Conseil des ministres a validé un projet ambitieux de réinsertion des déplacés du conflit Mbole-Lengola dans la province de la Tshopo. Portée par la ministre d’État Ève Bazaiba Masudi, cette initiative vise à construire 3000 maisons pour offrir un logement permanent aux victimes de ces violences. Un geste concret pour tourner la page des hostilités et poser les bases d’une paix durable.
Selon le compte rendu de la réunion gouvernementale, ce projet structurant de réinsertion durable a plusieurs objectifs clés. D’abord, assurer une réinstallation sécurisée des populations concernées, leur permettant de retourner sur leurs terres ou de s’établir dans des zones stables. Ensuite, désengorger les zones urbaines, notamment Kisangani, où affluaient de nombreux déplacés. Enfin, mieux prendre en charge les nouvelles vagues de déplacés en provenance d’autres régions en crise, comme Mambasa en Ituri ou Walikale au Nord-Kivu. Au-delà des briques et du ciment, il s’agit de consolider la paix et la stabilité sociale dans une région meurtrie.
Cette décision gouvernementale intervient après un moment historique de réconciliation. Le 21 juin 2025, à Osio, en présence du vice-Premier ministre Jacquemain Shabani, les représentants des communautés Mbole, Lengola et Kumu ont pratiqué des rituels de paix et présenté des excuses publiques. « Nous sanctionnons avec force nos enfants qui oseront encore faire couler le sang. Ils répondront seuls : des sanctions sociales, judiciaires et coutumières », a déclaré le représentant Mbole. Du côté Lengola, on encourage même « la restauration des mariages hétérogènes entre les Mbole et les Lengola », un symbole fort pour retisser les liens sociaux.
Mais la route vers une réinsertion réussie est semée d’embûches. Construire 3000 maisons est une chose, mais garantir l’accès aux services de base comme l’eau, l’électricité, la santé et l’éducation en est une autre. Les déplacés ont tout perdu : leurs maisons, leurs champs, parfois leurs proches. Le projet de réinsertion devra donc être holistique, incluant un soutien psychosocial et des opportunités économiques. Sinon, comment éviter que la frustration ne resurgisse en nouvelles violences ?
La situation en Tshopo reflète un défi national. La République démocratique du Congo compte des millions de déplacés internes, fuyant les conflits armés et les tensions intercommunautaires. Le projet de réinsertion des déplacés du conflit Mbole-Lengola pourrait servir de modèle pour d’autres régions, à condition qu’il soit bien mis en œuvre. L’engagement du gouvernement est crucial, mais sa réussite dépendra de la participation active des communautés locales et d’un suivi transparent.
Au final, ce projet va au-delà de la simple construction de logements. Il s’agit de reconstruire la confiance entre des communautés déchirées, de restaurer la cohésion sociale, et de garantir que la paix ne soit pas qu’un mot sur du papier. Pour les déplacés de la Tshopo, c’est peut-être le début d’un nouveau chapitre. Mais pour que cette page soit vraiment tournée, il faudra que les promesses se concrétisent et que la réinsertion soit synonyme de dignité retrouvée. La paix entre les Mbole et les Lengola en dépend, et avec elle, l’avenir de toute une région.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
