Le visage creusé par les soucis, Jeanne, mère de cinq enfants dans le quartier de Matete, n’en peut plus. « Chaque matin, c’est le même combat : trouver de quoi soigner le petit qui tousse, payer l’écoliage pour l’aîné, et après, on verra pour manger. L’État, on l’attend toujours. » Ce cri du cœur, des milliers de Congolais le poussent chaque jour, confrontés à la dure réalité d’un accès aux services de base devenu un parcours du combattant. C’est justement pour amplifier ces voix souvent étouffées que l’Organisation paysanne pour le développement durable (OPDD) a frappé un grand coup ce jeudi 15 avril à Kinshasa.
Lors d’un atelier organisé en collaboration avec le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH), une trentaine d’acteurs de la société civile ont été formés et mobilisés autour d’une question fondamentale : les droits économiques, sociaux et culturels (DESC) en RDC. Mais au-delà de la théorie, quel est le véritable enjeu pour les populations ? L’atelier de Kinshasa sur les droits DESC a servi de catalyseur pour un plaidoyer urgent et concret.
« L’État n’a pas le choix, c’est une obligation, » affirme avec conviction Ezai Muhindo Mbumba, coordonnateur de l’OPDD, en marge des travaux. Il martèle un message clair : la RDC a beau avoir ratifié le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels depuis 1976, la matérialisation sur le terrain reste un mirage pour beaucoup. Comment expliquer qu’après tant d’années, des enfants soient encore exclus des salles de classe par la pauvreté ? Pourquoi des familles entières doivent-elles renoncer à se soigner par manque de moyens ?
Les experts présents ont rappelé avec force le contenu de ces droits souvent méconnus du grand public, pourtant piliers d’une existence digne. L’obligation de l’État ne se limite pas à une simple signature sur un document international. Elle se traduit par des actions tangibles : garantir le droit à un emploi décent, assurer l’accès à une alimentation minimale, fournir un hébergement de base, veiller à l’assainissement et à l’eau potable, ou encore rendre disponibles les médicaments essentiels. Autant de chantiers où la route est encore longue en République Démocratique du Congo.
Le lien avec la politique de sécurité sociale en RDC, souvent évoquée mais rarement incarnée, a été au cœur des débats. « Parler de sécurité sociale, ce n’est pas un concept abstrait, » explique un participant. « C’est la garantie pour une mère de famille de ne pas voir son enfant mourir d’une maladie bénigne. C’est la possibilité pour un jeune de se former et de trouver un travail. C’est l’assurance pour tous d’avoir un toit. » L’atelier Kinshasa droits DESC a ainsi permis de passer de la définition juridique à la revendication sociale, posant les bases d’un plaidoyer plus structuré de la société civile.
Mais face à l’ampleur des besoins, l’appel de l’OPDD sonne-t-il comme un vœu pieux dans un pays aux multiples défis ? Les organisateurs refusent le fatalisme. Ce renforcement de capacités vise précisément à outiller les acteurs locaux pour qu’ils puissent monitorer les actions de l’État, interpeller les décideurs et sensibiliser les communautés à leurs propres droits. Car connaître ses droits est le premier pas pour les exiger.
La balle est désormais dans le camp des autorités congolaises. L’appel lancé depuis la capitale n’est pas une simple demande, mais le rappel d’un engagement pris il y a près d’un demi-siècle. L’accès à la santé, à l’éducation et à la culture n’est pas une faveur de l’État, c’est un dû pour chaque citoyen. Alors que des familles comme celle de Jeanne continuent de lutter au quotidien, la mise en œuvre effective des droits économiques sociaux culturels en RDC reste la seule voie pour construire une société plus juste et plus équitable. Le temps des ateliers doit maintenant laisser place au temps de l’action concrète. La crédibilité des institutions en dépend, et surtout, l’avenir de millions de Congolais.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
