Comment assurer un avenir à des enfants dont le présent est déjà marqué par la violence et le déracinement ? Cette question se pose avec une acuité particulière à Kitshanga, dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu. Là, au cœur d’une région secouée par des décennies de conflits, l’école primaire Mutuza, érigée dans l’enceinte de l’ancien camp de déplacés de Mungote, représente bien plus qu’un simple bâtiment. Elle est un fragile rempart contre l’ignorance pour plus de 200 élèves, mais ce rempart menace aujourd’hui de s’effondrer sous le poids d’une crise éducative profonde.
Selon Twagiramungu Kabaye Déo, le responsable de cet établissement relevant de la sous-division EPST Masisi 3, la situation a atteint un point critique. « Notre école fonctionne dans des conditions très précaires », alerte-t-il, dressant un tableau sombre du quotidien. Le manque de moyens paralyse l’enseignement. Les instituteurs, confrontés à l’immensité de la tâche et à l’extrême vulnérabilité de leurs élèves, voient leur motivation s’éroder jour après jour, faute de soutien matériel et moral. Comment transmettre le savoir sans les outils les plus élémentaires ?
Le drame est d’autant plus poignant que la majorité des visages dans les salles de classe – quand il y en a – sont ceux d’enfants déplacés. Chassés de leurs foyers par les violences armées qui ensanglantent le Nord-Kivu, ces élèves ont déjà tout perdu. Leur droit fondamental à l’éducation, souvent perçu comme une planche de salut pour reconstruire leur vie, est aujourd’hui menacé. L’école Mutuza de Kitshanga, symbole de résilience, manque cruellement de tout : cahiers, stylos, manuels scolaires, bancs en état. Cette pénurie de matériel didactique rend tout apprentissage sérieux presque impossible et hypothèque l’avenir d’une génération entière.
Cette crise locale est le reflet microcosmique d’un défi bien plus large qui frappe l’est de la République Démocratique du Congo. Les infrastructures éducatives, bricolées à la hâte dans les zones de déplacement pour répondre à l’afflux de populations en détresse, sont structurellement vulnérables. Elles peinent à absorber la demande croissante tandis que les financements et l’attention des autorités restent insuffisants. La crise éducative au Nord-Kivu est une bombe à retardement sociale, où l’abandon scolaire risque de nourrir les cycles de violence que ces enfants ont fuis.
Face à cette urgence, la voix de Twagiramungu Kabaye Déo résonne comme un cri du cœur. « Nous sollicitons l’appui de toute personne de bonne volonté, des organisations humanitaires ainsi que des autorités compétentes », lance-t-il. Son appel à l’aide est clair : il ne s’agit plus seulement de maintenir une école ouverte, mais de sauver un îlot d’espoir. Sans une intervention rapide et concrète, c’est une porte qui se referme pour des centaines d’enfants. Que deviendront-ils sans éducation dans une région aussi instable ?
Les défis de l’éducation en RDC, particulièrement pour les communautés affectées par les conflits, sont immenses. L’histoire de l’école Mutuza nous rappelle que derrière les statistiques, il y a des salles de classe vides de sens sans ressources, des enseignants démoralisés et des enfants dont le potentiel est gaspillé. La réponse à apporter doit être à la hauteur de l’enjeu : coordonnée, durable et centrée sur la protection de l’enfance. Car permettre à ces élèves de l’école Mutuza à Kitshanga de poursuivre leur scolarité dans des conditions dignes, c’est investir dans la paix et la stabilité future de toute la région du Masisi. L’urgence est aujourd’hui. La responsabilité, collective.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
